QUE LA FEMME COMMANDE
Or maintenant que le bon Dieu du jour Des Africains va brûlant la contrée, Qu'un cercle étroit chez nous borne son tour ? Et que l'hiver allonge la soirée,
Après souper, pour vous désennuyer.
Mes chers amis, écoutez une histoire
DE PIRON lC>$
Touchant un pauvre et noble chevalier, Dont l'aventure est digne de mémoire.
Son nométoit messireJean Robert,
Lequel vivoit sous le roi Dagobert.
Il voyagea devers Rome la sainte,
Qui surpassoit la Rome des Césars;
Il rapportoit de son auguste enceinte,
Non des lauriers cueillis aux champs de Mars ;
Mais des agnus avec des indulgences.
Et des pardons et de belles dispenses.
Mon chevalier en étoit tout chargé.
D'argent fort peu ; car dans ces temps de crise,
Tout paladin fut très-mal partagé ;
L'argent n'alloit qu'aux mains des gens d'église.
Sire Robert possédoit pour tout bien ;
Sa vieille armure, un cheval et son chien ;
Mais il avoit reçu pour apanage
Les dons brillans et la fleur du bel âge :
Force d'Hercule, et grâces d'Adonis,
Dons fortunés qu'on prise en tout pays.
Comme il étoit assez près de Lutèce, Au coin d'un bois qui borde Charenton, Il aperçut la fringante Marton, Dont un ruban nouoit la blonde tresse.
Sa taille est leste, et son petit jupon Laisse entrevoir sa jambe blanche et fine. Robert avance, il lui trouve une mine Qui tenteroit les saints du paradis; Un beau bouquet de roses et de lis Est au milieu de deux pommes d'albâtre Qu'on ne voit point sans en être idolâtre,
Et de son teint la Heur de l'incarnat
De son houquet auroit terni l'éclat.
Pour dire tout, cette jeune merveille, \ son giron portoit une corbeille, Et s'en alloit avec tous ses attraits Vendre au marché du beurre et des œufs frais. Sire Robert, ému de convoitise, Descend d'un saut, l'accole avec franchise.
— J'ai vingt écus, dit-il, dans ma valise; C'est tout mon bien; prenez encor mon cœur, Tout est à vous. — C'est pour moi trop d'honneur, Lui dit Marton. Robert presse la belle,
La fait tomber et tombe aussitôt qu'elle, Et la renverse, et casse tous ses œufs. Comme il cassoit, son cheval ombrageux, Épouvanté de la fière bataille, Au loin s'écarte et fuit dans la broussaille. De Saint-Denis un moine survenant, Monte dessus et trotte à son couvent.
Enfin Marton rajustant sa coiffure,- Dit à Robert : — Où sont mes vingt écus? Le chevalier tout pantois et confus, Cherchant en vain sa bourse et sa monture, Veut s'excuser; nulle excuse ne sert; < Marton ne peut digérer son injure Et va porter sa plainte à Dagobert.
— Un chevalier, dit-elle, m'a pillée Et violée, et surtout point payée.
Le sage prince à Marton répondit •
— C'est de viol que je -vois qu'il s'agit : Allez plaider devant ma femme Berthe, En tels procès la reine est très-experte ; Bénignement elle vous recevra,
Et sans délai justice se fera.
Marton s'incline, et va droit à la reine.
Bertheétoit douce, affable, accorte, humaine.
Mais elle avoit de la sévérité
Sur le grand point de la pudicité.
Elle assembla son conseil de dévotes ;
Le chevalier, sans éperons, sans bottes,
La tête nue et le regard baissé.
Leur avoua ce qui s'étoit passé;
Que vers Charonne il fut tenté du diable :
Qu'il succomba, qu'il se rendit coupable ;
Qu'il en avoit un très-pieux remord:
Puis il reçut sa sentence de mort.
Robert étoit si beau, si plein de charmes,
Si bien tourné, si frais et si vermeil,
Qu'en le jugeant la reine et son conseil
Lorgnaient Robert et répandoient des larmes.
Marton de loin dans un coin soupira,
Dans tous les cœurs la pitié trouva place.
Berthe au conseil alors remémora
Qu'au chevalier on pouvoit faire grâce,
Et qu'il vivroit pour peu qu'il eût d'esprit;
Car vous savez que notre loi prescrit
De pardonner à qui nous pourra dire
Ce que la femme en tous les temps désire :
Bien entendu qu'il explique le cas
Très-nettement, et ne nous fâche pas.
La chose étant au conseil exposée,
Fut à Robert aussitôt proposée,
La bonne Berthe, afin de le sauver,
Lui concéda huit jours pour y rêver :
Il fit serment aux genoux de la reine,
De comparaître au bout de la huitaine,
172 ŒUVKKS BADINES
Remercia du décret lénitif,
Prit congé d'elle et partit tout pensif. Comment nommer, disoit-il en lui même, Trcs-nettement ce que toute femme aime, Sans la fâcher? La reine et son sénat Ont aggrave mon trop piteux état J'aimerois mieux, puisqu'il faut que je meure, Que sans délai Ton m'eût pendu sur l'heure. Dans son chemin, dès que Robert trouvoit Ou femme ou fille, il prioit la passante De lui conter ce que plus elle aimoit; Toutes faisoient réponse différente, Toutes mentoient ; nulle n'alloitau fait. Sire Robert au diable se donnoit.
Déjà sept fois l'astre qui nous éclaire Avoit doré les bords de l'hémisphère, Quand sur un pré, sous des ombrages frais, Il vit de loin vingt beautés ravissantes Dansant en rond ; leurs robes voltigeantes Étoient à peine un voile à leurs attraits. Le doux Zéphire en se jouant auprès, Laissoit flotter leurs tresses ondoyantes; Sur l'herbe tendre elles formoient leurs pas, Rasant la terre et ne la touchant pas. Robert approche, et du moins il espère Les consulter sur sa maudite affaire.
En un moment tout disparoît, tout fuit. Le jour baissant, à peine il étoit nuit ; Il ne vit plus qu'une vieille édentée, Au teint de suie, à la taille écourtée, Pliée en deux, s'appuyant d'un bâton; Son nez pointu touche à son court menton.
DE riRON I7J
D'un rouge brun sa paupière est bordée,
Quelques crins blancs couvrent son noir chignon:
Un vieux tapis qui lui sert de jupon,
Tombe à moitié sur sa cuisse ridée :
Elle fit peur au brave chevalier
Elle l'accoste, et d'un ton familier,
Lui dit : — Mon fils, je vois à votre mine
Que vous avez un chagrin qui vous mine,
Apprenez-moi vos tribulations ;
Nous souffrons tous, mais parler nous soulage,
11 est encore des consolations.
J'ai beaucoup vu, le sens vient avec l'âge.
Aux malheureux quelquefois mes avis
Ont fait du bien quand on les a suivis.
Le chevalier lui dit : — Hélas ! ma bonne,
Je vais cherchant des conseils, mais en vain ;
Mon heure arrive, et je dois en personne,
Sans plus attendre, être pendu demain,
Si je ne dis à la reine, à ses femmes,
Sans les fâcher, ce qui plaît tant aux dames.
La vieille alors lui dit : — Ne craignez rien;
Puisque vers moi le bon Dieu vous envoyé,
Croyez, mon fils, que c'est pour votre bien.
Devers la cour cheminez avec joie :
Allons ensemble, et je vous apprendrai
Ce grand secret de vous tant désiré ;
Mais jurez- moi qu'en me devant, la vie,
Vous serez juste, et que de vous j'aurai
Ce qui me plaît, et qui me fait envie.
L'ingratitude est un crime odieux :
Faites serment, jurez par mes beaux yeux
Que vous ferez tout ce que je désire.
Le bon Robert le jura, non sans rire.
— Ne riez point : rien n'est plus sérieux. Reprit la vieille: et les voilà tous deux, Qui côte à côte arrivent en présence
De reine Berthe et de la cour de France. Incontinent le conseil assemblé, La reine assise, et Robert appelé :
— Je sais, dit-il, votre secret, mesdames,
Ce qui vous plaît en tous lieux, en tout temps, N'est pas toujours d'avoir beaucoup damans, Mais fille, ou femme, ou veuve, ou laide, ou belle, Ou pauvre, ou riche, ou galante, ou cruelle, La nuit, le jour, veut être, à mon avis, Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis, Il faut toujours que la femme commande ; C'est là son goût : si j'ai tort qu'on me pende.
Comme il parloit, tout le palais conclut Qu'il parloit juste, et qu'il touchoit au but. Robert absous baisoit la main de Berthe, Quand de haillons et de fange couverte, Au pied du trône on vit notre sans-dent Criant justice et la presse fendant :
On lui fait place, et voici sa harangue :
— O reine Berthe ! ô beauté dont la langue Ne prononça jamais que vérité,
Vous dont l'esprit connoît toute équité, Vous dont le cœur s'ouvre à la bienfaisance, Ce paladin ne doit qu'à ma science Votre secret; il ne vit que par moi.
Il a juré mes beaux yeux et sa foi Que j'obtiendrois de lui ce que j'espère. Vous êtes juste et j'attends mon salaire.
— Il est très-vrai, dit Robert, et jamais
On ne me vit oublier les bienfaits ;
Mais vingt écus, mon cheval, mon bagage,
Et mon armure étoient tout mon partage.
Un moine noir a, par dévotion,
Saisi le tout quand j'assaillois Marton ;
Je n'ai plus rien, et malgré ma justice,
Je ne saurois payer ma bienfaitrice.
La reine dit: — Tout vous sera rendu ;
On punira votre voleur tondu.
Votre fortune en trois parts divisée :
Fera trois lots justement compensés :
Les vingt écus à Marton la lésée
Sont dûs de droit et pour ses œufs cassés ;
La bonne vieille aura votre monture,
Et vous, Robert, vous aurez votre armure.
La vieille dit : — Rien n'est plus généreux,
Mais ce n'est pas son cheval que je veux ;
Rien de Robert ne me plaît que lui-même :
C'est sa valeur et ses grâces que j'aime ;
Je veux régner sur son cœur amoureux :
De ce trésor ma tendresse est jalouse,
Entre mes bras Robert doit vivre heureux ;
Dès cette nuit je prétends qu'il m'épouse.
A ce discours que l'on n'attendoit pas, Robert glacé laisse tomber ses bras, Puis fixement contemplant la figure Et les haillons de notre créature, Dans son horreur il recula trois pas, Signe son front, et d'un ton lamentable, Il secrioit : — Ai-je donc mérité Ce ridicule et cette indignité i J'aimerais mieux que votre majesté
Me fiançât à la mère du diable; La vieille est folle, elle a perdu l'esprit. Lors tendrement, notre sans-dent reprit : — Vous le voyez, ô reine ! il me méprise, Il est ingrat : les hommes le sont tous ; Mais je vaincrai ses injustes dégoûts ; De sa beauté j'ai l'âme trop éprise, Je l'aime trop pour qu'il ne m'aime pas. Le cœur fait tout: j'avoue avec franchise Que je commence à perdre mes appas; Mais j'en serai plus tendre et plus ridelle : On en vaut mieux, on orne son esprit, On sait penser, et Salomon a dit y Que femme sage est plus que femme belle.
Je suis bien pauvre, est-ce un si grand malheur ( La pauvreté n'est pas un déshonneur.
N'est-on content que sur un lit d'ivoire ? Et vous, madame, en ce palais de gloire, Quand vous couchez côte à côte du roi. Dormez-vous mieux, aimez-vous mieux que moi ? De Philémon vous connoissez l'histoire : Amant aimé dans le coin d'un taudis, Jusquà cent ans il caressa Beaucis.
y Les noirs chagrins, enfans de la vieillesse, N'habitent point sous nos rustiques toits ; De vice fuit où n'est point la mollesse, Nous* servons Dieu, nous égalons les rois ; Nous soutenons l'honneur de vos provinces, Nous vous faisons de vigoureux soldats; Et croyez-moi, pour peupler vos états, Les pauvres gens valent mieux que vos princes. Que si le ciel à mes chastes désirs, N'accorde pas le bonheur d'être mère,
DE I'IKON 177
Les îleurs du moins sans les fruits peuvent plaire. On me verra jusqu'à mon dernier jour, Cueillir les fleurs de l'arbre de l'amour.
La décrépite, en parlant de la sorte,
Charma le cœur des dames du palais.
On adjugea Robert à ses attraits ;
De son serment la sainteté l'emporte
Sur son dégoût; la dame encor voulut
Être à cheval entre ses bras menée
A sa chaumière où ce noble hymenée
Doit s'achever dans la même journée ;
Et tout fut fait comme à la vieille il plut.
Le chevalier sur son cheval remonte,
Prend tristement sa femme entre ses bras,
Saisi d'horreur et rougissant de honte,
Tenté cent fois de la jeter en bas,
De la noyer; mais il ne le fit pas,
Tant des devoirs de la chevalerie
La loi sacrée étoit alors chérie.
Sa tendre épouse, en trottant avec lui,
Lui rappeloit les exploits de sa race,
Lui racontoit comment le grand Clovis
Assassina trois rois de ses amis ;
Comment du ciel il mérita la grâce.
Elle avoit vu le beau pigeon béni,
Du haut des deux apportant à Rémi
L'ampoule sainte et le céleste chrême
Dont ce grand roi fut oint dans son baptême.
Elle mêloit à ses narrations
Des sentimens et des réflexions,
Des traits d'esprit et de morale pure,
Qui, sans couper le fil de l'aventure.
Faisoient penser l'auditeur attentif,
Et l'instruisoient, mais sans l'air instructif. Le bon Robert à toutes ces merveilles Le cœur ému prêtoit ses deux oreilles, Tout délecté quand sa femme parloit, Prêta mourir quand il la regardoit.
L'étrange couple arrive à la chaumière
Que possédoit l'affreuse aventurière;
Elle se trousse, et de sa sale main,
De son époux arrange le festin,
Frugal repas fait pour ce premier âge,
Plus célébré qu'imité par le sage.
Deux ais pourris sur trois pieds inégaux
Formoient la table où les époux soupèrent.
A peine assis sur deux minces tréteaux.
Du triste époux les regards se baissèrent.
La décrépite égaya le repas
Par des propos plaisants et délicats,
Par des bons mots qui piquent et qu'on aime,
Si naturels, que l'on croiroit soi-même
Les avoir dits. Robert fut si content,
Qu'il en sourit, et qu'il crut un moment
Qu'elle pouvoit lui paroître moins laide
Elle voulut, quand le souper finit,
Que son époux vînt avec elle au lit.
Le désespoir, la fureur le possède :
A cette crise, il souhaite la mort ;
Mais il se couche, il se fait cet effort ;
Il l'a promis, le mal est sans remède.
Ce n etoit point deux sales demi-draps,
Percés de trous et rongés par les rats,
Mal étendus sur de vieilles javelles,
DE riRON 179
Mal recousus encor par des ficelles, Qui révoltaient le guerrier malheureux : Du saint hymen les devoirs rigoureux S'offroient à lui sous un aspect horrible.
— Le ciel, dit-il, voudroit-il l'impossible? A Rome on dit que la grâce d'en-haut Donne à la fois le vouloir et le faire ;
La grâce et moi nous sommes en défaut :
Par son esprit ma femme a de quoi plaire,
Son cœur est bon ; mais dans le grand conflit
Peut-on jouir du cœur et de l'esprit?
Ainsi parlant le bon Robert se jette,
Froid comme glace, au bord de sa couchette,
Et pour cacher son cruel déplaisir,
Il feint qu'il dort, mais il ne peut dormir.
La vieille alors lui dit d'une voix tendre,
En le piquant : — Ah ! Robert, dormez-vous ?
Charmant ingrat, cher et cruel époux,
Je suis rendue, hâtez-vous de vous rendre ;
De ma pudeur les timides accens •
Sont subjugués par la voix de mes sens.
Régnez sur eux ainsi que sur mon âme :
Je meurs! je meurs ! Ciel, à quoi réduis-tu
Mon naturel qui combat ma vertu ?
Je me dissous, je brûle, je me pâme !
Ah ! le plaisir m'enivre malgré moi ;
Je n'en peux plus : faut-il mourir sans toi ?
Va, je te mets dessus ta conscience.
Robert avoit un fonds de complaisance,
Et de candeur et de religion ;
De son épouse il eut compassion.
— Hélas! dit-il, j'aurois voulu, madame, Par mon ardeur égaler votre flamme ;
râo ŒUVRES BADINES
Mais que pourrois-je ? — Allez, vous pourrez tout,
Reprit la vieille : il n'est rien à votre âge
Dont un grand cœur enfin ne vienne à bout,
Avec des soins, de l'art et du courage.
Songez combien les dames de la cour
Célébreront ce prodige d'amour.
Je vous parois peut-être dégoûtante,
Un peu ridée, et même un peu puante,
Cela n'est rien pour des héros bien nés :
Fermez les yeux, et bouchez-vous le nez,
Le chevalier amoureux de la gloire, Voulut enfin tenter cette victoire :
11 obéit, et se piquant d'honneur, N'écoutant plus que sa rare valeur, Aidé du ciel, trouvant dans sa jeunesse Ce qui tient lieu de beauté, de tendresse, Fermant les yeux, se mit à son devoir.
C'en est assez, lui dit sa tendre épouse,
J'ai vu de vous ce que j'ai voulu voir : Sur votre cœur j'ai connu mon pouvoir ; De ce pouvoir ma gloire étoit jalouse.
J'avois raison, convenez-en, mon fils, Femme toujours est maîtresse au logis.
Ce qu'à jamais, Robert, je vous demande, C'est qu'à mes soins vous vous laissiez guider, Obéissez, mon amour vous commande D'ouvrir les yeux et de me regarder.
Robert regarde : il voit à la lumière De cent flambeaux, sur vingt lustres placés, Dans un palais, qui fut cette chaumière, Sous des rideaux de perles rehaussés.
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Une beauté dont le pinceau d'Apelle, Ou de Vanlo, ni le ciseau ridelle Du bon Pigal, Lemoine, ou Phidias, N'auroient jamais imité les appas.
Cetoit Vénus, mais Vénus amoureuse, Telle qu'elle est, quand les cheveux épars, Les yeux noyés dans sa langueur heureuse, Entre ses bras elle attend le dieu Mars. — Tout est à vous, ce palais et moi-même ; Jouissez-en, dit-elle à son vainqueur; Vous n'avez point dédaigné la laideur, Vous méritez que la beauté vous aime.
Or maintenant j'entends mes auditeurs
Me demander quelle étoit cette belle
De qui Robert eut les tendres faveurs.
Mes chers amis, c'étoit la fée Urgelle,
Qui, dans son temps, protégea nos guerriers,
Et lit du bien aux pauvres chevaliers.
O l'heureux temps que celui de ces fables
Des bons démons, des esprits familiers,
Des fafardets aux mortels secourables !
On écoutoit tous ces faits admirables
Dans son château, près d'un large foyer :
Le père et l'oncle et la mère et la tille,
Et les voisins et toute la famille
Ouvroient l'oreille à monsieur l'aumônier,
Qui leur faisoit des contes de sorcier.
On a banni les démons et les fées,
Sous la raison les grâces étouffées,
Livrent nos cœurs à l'insipidité ;
Le raisonneur tristement s'accrédite.
On court, hélas ! après la vérité ;
Ah ! croyez-moi, l'erreur a son mérite.
[&J CEUVRES P.ADINTS