‹ ŒuvresChapitre 41 sur 72 · IL · texte numérisé non relu

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et la protection nécessaire pour y réussir. ’

Le souverain pontife , comme vicaire de Jésus- Christ sur la terre, et successeur de saint Pierre, a le droit d’ordonner aux princes chrétiens , en vertu de la sainte obéissance qu’ils lui doivent , de nommer et d’envoyer à leurs frais des hommes en état

de prêcher l’Evangile aux infidèles j et, si les circonstances les commandent, il peut aussi imposer des subsides aux princes chrétiens pour assurer le succès de l’entreprise.

Nul roi ne peut prendre sur lui d’envoyer des missionnaires s’il n’en a reçu l’autorisation du pape : lorsque le souverain pontife l’accorde, il n’est permis à aucun prince d’empêcher l’exercice d’une telle mission, ni même d’y prendre part.

Le pape , en qualité de successeur de saint Pierre et de vicaire de Jésus-Christ sur la terre , a le pouvoir et le droit de confier la commission de faire prêcher l’Evangile à deux ou à plusieurs princes, et de diviser le monde de manière à indiquer celles de ses parties où chacun d’eux sera chargé d envoyer des ministres pour y prêcher la foi.

Lorsque le pape confie A un souverain la com-

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nant le pays ou la prédication devra avoir lieu il a

moins en vue de lui accorder une domination 4m-

porelle sur ce territoire que le droit et l’obligation

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II est juste que les rois qui auront bien rempli la commission de nommer et d’envoyer des hommes en état de prêcher l’Evangile au, idolâtres qui „e lont pas encore entendu soient récompensés de r zele parle pape, qui tient la place de Dieu sur la terre , en obtenant la souveraineté de ces pays a condition toutefois qu’il n’en résultera aucun

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Dans les contrées où la foi n’a jamais été annoncee les rois jouissent légitimement de la royauté et du droit de l’exercer : U en est de même despCrfl taires a 1 egard des biens et des produits du sol qui

cens Laartlenner ?" fe ^ de la nature des S • a venue de Jesus-Chnst sur la terre n’a fait

perdre en aucune manière ni la royauté aux uns , ni la propriété des terres aux autres.

La doctrine contraire a celle de la dixième proposition est erronée, et même hérétique ; elle est opposée à l’Evangile , met des obstacles a la prédication de la foi et à l’établissement du christianisme ; elle fait naître le vol et le pillage , le meurtre et beaucoup d’autres crimes : la soutenir avec obstination c’est être hérétique.

Les infidèles 11e perdent pas , par leur qualité d’idolâtres, leurs droits de souveraineté ni de propriété, même en se rendant coupables du péché de sodomie , ou de quelque autre crime que ce soit.

Ni l’idolâtrie ni les délits commis par les Indiens ne sont justiciables d’autres personnes que des juges de leur nation , qui sont leurs magistrats naturels. Aucun autre* n’a le droit d’agir militairement contre eux , si ce n’est dans le seul cas où ils s’opposeraient â la prédication de l’Evangile, et où leur résistance 11e cesserait point même après avoir ete informes de la nature et du but de cette prédication..

Le pape Alexandre VI , informé de la découverte des Indes occidentales , a pu et dû faire choix d’un prince liche et puissant, en état de faire annoncer dans ce pays l’Evangile de Jésus-Christ. Son droit et son devoir étaient aussi de récompenser le zèle du souverain à qui cette commission avait été déléguée par le don de la souveraineté sur tous les peuples convertis.

Les rois catholiques Ferdinand et Isabelle étaient les princes qui méritaient, parleurs qualités personnelles , d’être préférés par le pape à tous Içs autres monarques chrétiens pour cette entreprise apostolique : premièrement parce que la découverte de 1 Amérique était leur ouvrage , ayant été faite aux frais de la couronne de Castille par Christophe Colomb , à qui ils accordèrent , entre autres récompenses, le titre d’amiral des Indes et des îles de l’Océan pour lui, pour sesenfans, ses héritiers et ses successeurs à perpétuité ; secondement parce qu ils avaient déjà bien mérité de la religion en faisant la conquête du royaume de Grenade sur les Maures , et en y établissant le culte public de la religion catholique ; troisièmement parce qu'ils étaient les successeurs des autres rois de Castille et d’Aragon qui avaient fait de semblables expédi-

lions dans presque toute la péninsule en faveur du culte catholique.

Le souverain pontife , représentant de Jésus- Christ , qui est le roi du ciel et de la terre, a possédé et possède de droit divin le pouvoir d’accorder aux rois de Castille la dignité et la souveraineté cV empereur de toutes les Indes occidentales , en les établissant au-dessus de tous les rois infidèles qu’il y avait et qu’il y a peut-être encore dans le Nouveau-Monde ; disposition d’autant plus naturelle que la dignité d’empereur était connue de ces peuples , et qu’il ne fait en cela qu’imiter ses prédécesseurs , qui ont transféré aux Germains la couronne impériale d'Europe , possédée par les Grecs. La légitimité de ces mesures est fondée sur l’urgence du salut des âmes , de la conversion des infidèles , et sur le devoir imposé à sa sainteté de travailler à l’exaltation de la foi catholique et à la propagation de l’Evangile. Ces motifs ont une telle force que le successeur de saint Pierre aurait pu abolir la dignité impériale s’il l’avait j ugé convenable , et même la rétablir ensuite et la donner au prince le plus digne d’en jouir et le plus capable de la faire servir au bien spirituel des âmes, que Jésus- Christ a rachetées par son sang. 11 résulte de ces principes que le pape a pu et peut encore défendre à tous les souverams de la terre d’entreprendre des découvertes dans le Nouveau-Monde et d’y établir des gouvernemens ,

attendu que le roi d’Espagne a été déjà chargé de remplir cette commission ; et si quelque autre souverain , au mépris de cette disposition , envoyait des hommes dans ce pays pour le même objet sans le consentement du pape ou du roi d’Espagne, il se rendrait coupable de péché mortel, et encourrait 1 excommunication portée contre ceux qui enfreindraient les bulles expédiées en faveur des rois catholiques Ferdinand et Isabelle.

Le véritable titre des rois de Castille à l’acquisition et à la possession de la souveraineté des Indes sur les empereurs , les rois et les autres princes infidèles qui habitent l’Amérique, c’est la concession même que le pape leur en a faite pour les récompenser du zèle qu’ils ont mis à établir et à conserver dans ces vastes pays la religion chrétienne,

Le droit de haute souveraineté impériale dont sont investis les rois de Castille n’est pas incompatible avec 1 existence de rois et de souverains inférieurs naturels des Indes, ni avec l’exercice de cette souveraineté du second ordre sur les peuples indiens, puisqu on voit dans l’histoire des Romains plusieurs nations avoir des rois qui les gouvernent suivant des lois particulières, pendant que ces sujets et ces maîtres reconnaissent dans les empereurs romains une autre souveraineté plus élevée.

( agp )

Les rois des Indes occidentales , et même les seigneurs du pays , quoiqu’ils n’aient point le titre de rois ; les républiques libres indépendantes , et les autres babitans qui n’ont pas entendu prêcher l’ Evangile ni embrassé le christianisme en recevant le baptême par un mouvement libre et spontané de leur volonté , ne sont nullement obligés de reconnaître dans les rois de Castille, ni dans aucun autre prince , la haute souveraineté impériale sur leurs personnes , sur leurs monarchies , ni sur leurs seigneuries , à moins qu’ils ne le fassent volontairement et avec une entière liberté.

Nul homme n’a le droit de les y contraindre , et quiconque entreprendrait de le faire par des moyens violens pécherait mortellement contre la justice. Toutefois si ces rois, ces seigneurs, ces chefs de nations et les autres habitans entendent prêcher l’Evangile, s’ils embrassent la religion chrétienne et reçoivent le baptême à la suite des prédications des missionnaires qui leur auront été envoyés par les rois de Castille, auteurs d’un bien spirituel si estimable, ils seront obligés de prouver leur gratitude en reconnaissant dans les rois d’Espagne une dignité de haute puissance avec le titre d'empereur des Indes , et supérieure à celle dont jouissent ces rois et ces seigneurs , parce qu’ils la tiennent du souverain pontife, représentant de Dieu sur la terre , comme récompense du bienfait spirituel que les Indiens oi^it

reçu ; sans qu'il puisse néanmoins être porté aucune atteinte à l’autorité ni aux autres droits dont jouissent ces chefs indiens -, attendu que ces deux souverainetés peuvent exister à la fois dans le même pays.

Les rois de Castille , comme fondés de pouvoirs du saint Siège pour rétablissement de la foi dans les Indes, sont obligés d’envoyer dans ce pays des hommes en état de prêcher l’Evangile, de convaincre les habitans de sa vérité et de son importance , de les engager à recevoir le baptême et à professer notre sainte religion , et enfin d’assurer par tous les moyens possibles le succès de cette mission apostolique , en se rappelant sans cesse la parabole de 1 Evangile où nous voyons le père de famille faire inviter par ses serviteurs au festin qu’il vent donner tous ceux qu’ils rencontreront dans les chemins et sur les places publiques.

Les rois d’Espagne , comme délégués du pape pour la conversion des Indiens , sont investis de son pouvoir sur les infidèles pour les engager à recevoir l’Evangile et à faire profession de la religion catholique , comme aussi pour éloigner tous les obstacles qui pourraient s’opposer à l’exercice de ce saint ministère.

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C’est encore au même titre que les souverains de Castille sont charges de travailler à la conversion des Indiens, en imitant Jésus-Christ et les apôtres, et en se conformant à ce que l’Eglise a toujours pratiqué, approuvé et recommandé , c’est à dire en rfy employant que des moyens propres à rendre la religion aimable , tels que le raisonnement et une douce persuasion dans des entretiens calmes et volontaires , ainsi que par les bons exemples d’une conduite irréprochable ; en sorte qu’on ne se permette ni actions , ni discours qui puissent faire penser aux Indiens que notre religion est indigne de leur confiance , puisque ceux qui la professent commettent le meurtre et le pillage , au lieu de se montrer amis , doux et bienfaisans , comme il convient à de véritables chrétiens.

Les rois d’Espagne , comme représentans du souverain pontife dans l’ouvrage de la conversion des Indiens , doivent éviter l’emploi de la force armée , et ne jamais permettre le vol , le carnage , l’incendie , ni les autres fléaux qui répandent la terreur , parce que ces moyens sont condamnés par la raison naturelle, défendus par Jésus-Christ même dans l’ Evangile , et dignes seulement des ennemis de la véritable religion , tels que Mahomet et ses

( Soi )

sectateurs. C’est ce que prouvent les événemens malheureux qui ont eu lieu dans les Indes. On a voulu à l’exemple de ce faux prophète , y faire triompher Ja force ; mais non seulement on n’y a pas opéré une seule bonne conversion , on y a au contraire rendu odieux le nom de Jésus-Christ aux Indiens , qui ne parlent plus de notre religion que pour blasphémer , parce qu’ils s’imaginent qu’elle approuve les actions de leurs cruels ennemis, qui se font gloire au milieu de leurs forfaits de porter le nom de

Prétendre qu’il est permis aux rois d’Espagne d entreprendre la conversion des Indiens en commençant par s’emparer à main armée de leur pays et de leurs personnes , pour les forcer ensuite d’assister aux instructions des missionnaires , pour les convaincre et les convertir , c’est professer une doctrine fausse , erronée , contraire à la justice et a la charité , et propre seulement à conduire les âmes à leur perte éternelle.

Depuis la découverte des Indes occidentales par le premier amiral Christophe Colomb, les rois d Espagne ont toujours défendu qu’on fit la guerre aux Indiens. Mais les militaires espagnols qui ont passe en Amérique, avec l’unique but de s’enrichir.

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ont manqué aux ordonnances et méprisé les ordres et les instructions venus d’Espagne , parce qu’ils se sont toujours regardés comme sûrs de l’impunité à cause de la grande distance qui les séparait de la métropole, où iis ne croyaient pas qu’on pût jamais savoir ce qui se passait en Amérique. Ils acquirent ce funeste avantage en prodiguant l’or et l’argent qu’ils volaient aux Indiens , et ils réussirent même à tromper les rois en calomniant les Indiens , qu’ils accusaient d’être les premiers agresseurs ; de là ces dispositions du gouvernement qui autorisaient les auteurs de la conquête à suivre avec les naturels le système qu’ils avaient proposé. Cependant le roi Ferdinand, ayant connu plus tard la vérité, révoqua l’ordre qu’il avait envoyé , et tous ceux qu’il expédia depuis pour le gouvernement des Indiens leur ont été favorables. Si le sang coule encore dans ce pays, c’est sur les conquérans qu’il doit retomber , parce qu’ils maintiennent leur affreux système , persuadés qu’ils échapperont à la vengeance des lois par les moyens de corruption qu’ils ont entre les mains.

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