‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 6 sur 16 · C. Deshoulins · texte numérisé non relu

C. Deshoulins

Lettre de M. Duplessis , premier commis des finances, à M. Dcsmonlins , lieutbnant-général à Guise , dans laqaeUe il loi apprend le mariage projeté de sa fille avec Camille.

Paris, SM) décembre 1790.

Monsieur,

Il y a déjà quelques années que M. Desmoulins , votre

fils, recherche ma fille en mariage ^ nous -sommes enfin

parvenus à Tépoque où ses vœux vont être couronnés.

Ma fille a pris pour lui un attachement égal au sien -, cette

sympathie leur présage un avenir heureux et je ne vo» d'autre obstacle à leur union que votre consentement^ il dépend donc de vous, monsieur, d'accélérer leur félicite; c^est à M. votre fils à remplir ce devoir auprès de vous« Rien de mon côté ne s'oppose à l'accomplissement de leurs vœux.

JPai l'honneur d'être avec un véritable attachement,

Monsieur > Votre très-humble et très^obéissant serviteur,

DVPLESSIS.

Lettre de M. Desmoulins père à M. Duplessfs.

Gaise, 23 décembre 1790.

Monsieur,

La lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire , en me confirmant l'agrément que vous donnez au bonheur de mon fils, me pénètre de toute la joie qu'un père puisse ressentir à la nouvelle que son fils va être heureux. Agréezen, je vous prie, toute ma reconnoissance et toute l'exprès-

sion de ma sensibilité. Nous ne pouvons que bien augurer sur le sort de nos chers enfims avec les auspices sous lesquels ils contractent; Unissons de part et d*aulre nos bënëdictions sur eux et sur leur .union. J'aurois été bien enclianté si ma santé et la saison m^eussent permis d'assister à cette fête si douce pour mon cœur.

Recevez,

Monsieur,

Tassurance de la considération distinguée et du dé* v^ouement parfait avec lesquels je suîS) etc.

Desmoulii^s.

Lettre de Lucc de Lancival ' à Camille.

Pari8,*31 décembre 1700.

Mon cher Desmoulins,

J'arrive de la province et je sors de chef le bon Bérardier qui m'a fait part de ton hçureux mariage et de ses

Poète.

touchantes circonstances. Permets qu*aux mille et un com» plimens que tu as déjà reçus, j'ajoute encore le mien. J'ai toujours reconnu en toi un bon cœur ; ton zèle pour la liberté , ta conduite envers le bon Bérardier et envers le digne objet de tes constans soupirs, annoncent des vertus solides. Fidèle à la patrie , fidèle à l'amour , fidèle à l'amitié , tu méritois d'être le plus heureux des hommes. Tu l'es en effet, si j'en crois ce qUe tu m'as dit vingt fois et ce que le bon Bérardier ma répété de ta charmante compagne que je n'ai pas vue.Tuas maintenant,outre ta plume, un moyen infaillible de faire des partisans à la révolution ^ si tu connois quelques mauvais citoyens , présente-leur ta femme et il n'en est aucun qui ne veuille imiter ton pa^triotisme, en le voyant ^i bien récompensé.

 mes complimens je voudrois joindre des vœux de

bonne année ; mais

Jusqu'à demain que n as-tu différé L'heureux moment qui t*unit à Glycère ?

£n ce jour solennel, aux souhaits consacré.

Pour toi du moins, ami, j 'en anrois un à £ûre.

Mais tu forces mon zèle à demeurer muet

« Qu'entends-je ! diras-tu; quand un charmant oljet » En qui l'esprit à la beauté s*allie,

» truand à mes vœux constans une femme accomplie

» Daigne se rendre enfin, je pouvois hésiter !

» Retarder son bonheur est une extravagance.

Il est vrai ; mais ansaî par Um impatience Tu m'ôtes le plaisir de te le

LuCE DB La1IC1T1£.

Rue St^-Dominiquc, vis-à-Tislecafé Italien, au Gros^CaiUou.

Lettre de Camille Desmoulins à son père dans laquelle il Itii apprend la célébration de son mariage avec Lncile Daplessis.

3 janvier 1791.

Mon très cher père,

Enfin f ai été marié avec Lucile le mercredi 29 décembre. Mon cher Bérardier ^ a fait la célébration à St.-Sulpice , assisté de M. le curé qui avoit presque sollicité Thonneur de la faire. Tai eu bien des difficultés à réyéché pour une dispense deFatént. Un M. floirac, grand- vicaire, m'a dit que j'étois cause qu'on avoit brûlé son château ^ que

• Proviseur du collège de Louis-le» Grand.

.^►102 ju lui avois fait perdre yingt mille- livres de rentes, etc Des patriotes de rassiemfalée' hktibiiàk n'ont pu obtenir cette dispense qu'ils sollicitoient pour moi ^ maisBérardier a tant fait qu'il l'a enfin obtenue. J'ai eu aussi infiniment à me louer du curé de St.-Sulpice qui s*est employé pour moi avec bien de la cbaleur. rayôîs pour témoins Péthion et Robespierre, l'élite de l'assemblée nationale ,* M. de Sillery qui avôit voulu en être, et mes deux confrères Brissot de Warville et Mercier, l'élite des journalistes ^ Bérardier a prononcé avant la célébration un discours touchant et qui nous a bien fait pleurer, Lucile et moi. Nous n'étions pas seuls attendris ,* tout le monde àvoit les larmes aux yeux autour de nous. Le diner s'est fait chez moi , il n'y avoît que M. etM""" Duplessis^ leur demoiselle Adèle, ma Lucile , les témoins et le célébrant. M. Deviefville n'a pu s'y trouver, retenu, a-t-il dit, parune indisposition 5 mais il avoit signé le contrat de mariage. S'il a pour vous une amitié aussi sincère et aussi désintéressée que vous le croyez, il a dû être fort content de la dot qui est de cent douze mille livres. Nombre de journaux ont parié de mon mariage 5 les patriotes s'en réjouissent, les aristocrates en enragent et injurient la famille qui m'a honoré de son alliance. Mais tous s'accordent à admirer ma jfemme

' Lucile Duplessis avoit pour témoins de son côté Péthion et Sillery.

comme une beauté parfaite et. ]e vous assure que cette beauté est son moindre mérite. II i^e ticndroit qu'à moi de faire condamner le journal de la cour et de la ville à de grosses réparations envers ma femme et sa famille devant les nouveaux juges pour avoir imprimé il y a trois jours : On dit que cette beauté est fille naturelle de Tabbé Terraj'y mais c'est une folie si absurde, la mère a eu besoin de tant de vertus pour résister aux attaques auxquelles sa beauté Fa exposée et elle en a (ait si souvent preuve 1 elle n'a même jamais vu Tabbé Terray \ son mari n'a été premier commis du contrôle -général qu'après sa mort et sous M. de Clugny . Sous Tabbé Terray , il étoit au trésor royal. Tout cela est si bien connu que cette famille respectable n'a feit que rire des calomnies dos infâmes aristocrates, et m'a conseillé de les méprber. Il y a peu de femmes qui, après avoir été idolâtrées , soutiennent répreuve du mariage; mais plus je connois Lucile, et plus il faut me prosterner devant elle. Je n'ai pas eu le temps de vous écrire plus tôt, parce que je me suis fait un point d'honneur de faire ce numéro de mon journal mieux que les précédens , et que je n'ai eu que deux jours pour le composer.

Ma femme vous embrasse , tous , ma chère mère et toute ma famille. Elle me charge de vous dire qu'elle n'a pas encore eu le temps de se reconnoître , qu'elle n ose vous écrire de peur de ne pas soutenir l'opinion que je

(a réception d'un consentement pour lequel tous a^iez marqué une si pétillante impatience , Oie laissoil q^elqoe inquiétude : car la tendresse des pères ^soucieuse comme celle des amans. Vous êtes sur la Toie de pouvoir ëprou^ ver et professer un jour la vérité do cette dispositioii ou de cette maxime.

En embrassant pour nous notre chère belle^fille , diteslui que nous Taimons autant que vous* Tnmquillisez^la sur rembarras de son épitre ; elle aura toujours Téloquence du cœur auprès du mien quand elle me dira qu*eUe aime mon fils et qu'elle est heureuse. Dites-lui qu^elle a acquis une nouvelle famille toute ardente à émuler la sienne dans tout ce qui pourra contribuer à sâT félicité et prévenir ses vœux.

Je suis bien de Tavis de M°^ Duplessis et de sa fiimilie , de mépriser la sanie et la bave du folliculaire du jour et sa calomnie éphémère qui le lendemain est remplacée par une autre qui sera également oubliée. Ne trouvez-vous pas qu'il auroit pu accommoder ses feuilles de. cette épigraphe :

Dat veniam corvis , lacerai, je né dis pas censura , le mot est trop noble dans Tespèce , n^ds morsura columbas.

Je suis touché de ce que Findisposition de la santé de notre cher et bon parent M. Deviefville ne lui ait pas permis d'assister à la fête ; je n'aime pas à le voir valétudinaire à Paris au milieu des affaires dont on raccabic

tomme dépoté du fatigaat Vermandois ; il me tarde dé le voir de retour ici y respirer Tair natal dont il a sérieot sèment besoin^ ainsi que de sa tranquillité ; slj^en crois certains avis , i^ayez-^le souvent et joignez-vousàaa femilk pour le détermider à venir rétablir sa santé au sein de^ délicieux et paisibles foyers , au milieu de ses amis , sur les rives bénignes et salutaires de TOise et avec les. eaux de la fontaine de Saint*Martin de la Bussière;le& bettes percées du bois du Fay, qui sont son ouvrage , Ty rappet lent , et par dessus Tamitié que je lui ai vouée et Tintera que je prends au rétablissement de cette santé sans laquelle tous les autres biens de la vie perdent leur plus grand attrait.

Toute la maison vous embrasse et votre chère moitié» Partagez-vous l'un et l'autre les cai*esses de votre meilleur ami.

Desmoulins.

Lettre de Barrère ( plus tard membre de la convention ) à GamiDc

Desmoulins.

Barrère a Thonneur de saluer M. Camille Desmoulim et de lui envoyer un exemplaire de son rapport sur les

proteslans , si persécutés sous le règne on philAt ^ous' le despotisme de Louis le quatorzième. Cest une légère offrande au patriotisme de Camille, mais elle tot du moins offerte par l'amitié. Bonsoir.

Paris, ce 3 février I7W .

Lettre anonyme k Camille Deymoolinfi.

Anecdote dont je garantis F authenticité.

M. de Narbonne , le chevalier de MesdameSi est arrivé à Paris, jeudi dernier^ à 8 heures 4^ matin ^ et est allé descendre chez 1 evéque d'Autup. Le nouvel apôtre étoit encore couché , il « fallu le réveiller parce que le pieux chevalier vouloit absolument lui parler. On a su après que Mirabeau s'est entendu avec le caktin Talleyrand pour arracher à rassemblée nationale le décret en question sur les deux dames.

Autre anecdote.

Il y a trois jours que les deux mêmes personnages ,

idest Mirabeau auquel on a arraché hier le masque patriotique et pour toujours^ soupoit tête à tête avec Fdbbe Talleyrand f chez YeBoni , restaurateur italien ^ qui est à la place des Victoires. A une heure du matin est venu les rejoindre M. Lafayelte , eu habit bourgeois , et ce triumvirat est resté assemblé au même endroit jusque bien avant dans la nuit.

Autre anecdote.

J'ai dénoncé moi-même , ces^ jours-ci , au comité des recherches de rassemblée nationale, un secrétaire de l'empereur, qui est logé dans un hôtel garni et dont je leur ai bien dit le nom. Cet émissaire autrichien reçut^ le jour du mouvement qu'il y a eu au Luxembourg, un message porté par un vdet de pied de Monsieur , frère du roi , lequel valet de pied a été cherché à la hâte rAutrichieD. On ne sait pas ce qui s'en est suivi. Cela arriva au même moment que Monsieur se rendit du Luxembourg aux TuSeries.

Je vous envoie ces anecdotes pour que vous en ftssiet usage dans votre prochain n*", mais je vous demande en grâce de ne pas me nommer. Je vous en fournirai d'autres si cela vous est agréable. Les écrivains patriotes sont si rares ! vous voyez que notre Brissot nous quitte aussi. Vous n'avez qu à lire sa feuille d'aujourd'hui, il

est tout-à-fait dans le parti de Lafayette. Lisez le détestable ami des patriotes , et vous serez convaincii d*ane coalition entre les deux.

Yale. Nota manus.

Nota. J'ai fait tons mes efforts pour connohre i'anteur de ottte lettre, je n*ai pa réussir. Comme elle est assez intéressante je donnerai, en fac-simile dans la planche qm se trouvera li la fin de cet ouyrage , deux lignes de cette lettre. Les personnes plus habituées que moi à parcourir les écritures des premiers temps de la réyolution,en découyrîront facilement l'autefur . Dans^tous les cas, elle ne pent être- que d'un ami intime de Camille , puisque nous voyons ces mots à la fin de cette lettre : Nota manus.

Lettre de Sillcry ( plus tard membre de la convention ) à Camille

Desmoalinf.

3 mars 1791 .

Il y a bien long-temps, mon cher Camille, que je n'ai eu lo plaisir de vous écrire. Depuis i5 jours, je suis attache au bureau de rassemblée nationale , «t j'ai le projet de vous donner à diner de dimanche en huit , jour où je quitterai mon ennuyeuse commission. J'aurois besmn de vous voir, pour remettre mon* esprit qui finiroit par m*abandonner, si j'étois obligé de Toccuper du triste pro^

cèâ-verbal. Madame de Sillery vient dîner chez moi avec PéthioQ et Hobespierre , et j ose prier votre aimable et jolie femme de me faire cet honneur. Madame de SUlery mQ charge de vous dire qu'elle vous aime toujours , mais qu'elle a peur que vous ne soyez assez enfant pour la bouder.

Venez , mon cher Camille , et si jamais vous vous êtes trouvé en pure et exacte démocratie , ce sera de dimanche en huit où j'espère vous embrasser.

Un petit mot de réponse.

Sillery.

Lettre d* Anthoine ( plus tard membre de la convention ) à Camille

Desmonlins.

Paris, ce 7 juin 1791.

Toujours brave, mais souvent trop crédule DeaBMHilins 9 je vous envoie un ouvrage auquel j'attache qqel^ prix parce qu'il développe d'utiles vérités. Je serob trop heureux si je pouvois concourir à détruire en Frauce U plus funeste des aristocraties et les plus anti-civiques de tous les préjugés. Je vous engage à répandre par la voie

de votre journal les principes que j*àt' exposés. Ils sont aussi les vôtres. Demain je vous ferai paisser de nonreatix développemens et une réponse au discours que les six comités réunis ont prononcé aux jacobins , M. de Crancé portant la parole, dont la société a ordonné Fimpression. Adieu , patriote Camille , redoublons d*énergie et surtout ne nous reposons plus sur des nobles , du soin de défendre la liberté.

Francois-PauUlNicolas AsTHoniB.

Lettre de Camille Desmoulins à

Août 1791

Cher et illustre frère ,

Vous m'avez dil , dans notre dernière entrevue , qu'on répandoit que le numéro 86 dé^RAfoIutions de Brabant n'étoit pas de moi, et vous aviez pu le croire paroe que TOUS n'aviez pas encore lu ce numéro j car ce n'est pas vous qui n'auriez pas tout de suite reconnu mon style. Je vous prie de prévenir ceux qui n'auroient pas ce discer-

Lettre de Gaïuiile Desmoulini à de MarseiHe.

Monsieur,

J^ai toujours été trompé sur mes abonnés par les per-

sonnes que j'avois chargées d*expédier mon journal. Je n'ai reçu aucune lettre de vous , que je ne connobsois nullement pour un de mes souscripteurs de Marseille. Jeti reçois une aujourd'hui en date du 20 juillet où vous m'apprenez que je vous ai fait parvenir, jusqu'au numéro 68, 1 3 exemplaires de mon journal. Je ne savob pas un mot de ces 1 3 abonnemens ; je vous eaverrois les huit que vous me demandez par numéros , si je continuois mon journal ^ mais les infidéiii» roioeuses pour moi de M. Gaillard et de la poste , et sortoat ranéantissement de la liberté de la presse dans la capitale^ m'ont dégoûté de ce travail périodique que je ûû\b au numéro 86. Si vous le souhaitez ^ je vous ezpédieimi, depuis le numéro 68 exdusivemenl, les numéros qui vous uuuiquent pour compléter votre ooDection -, Biais apni cessé de travailler^ et cette expédition de nouveDes suruttées ayant perdu son principal intérêt qui est b nouveauté ,

berlé de vous charger, je vous fais passer huit exemplaires de mon numéro 86.

Liberté , prospérité et splendeur à Marseille qui nous envoie de si belles adresses.

Sii^

Lettre de Camille Desmoulins à son père.

6 décembre I79i

Mon très cher père ,

Noire cousin Deviefvilte a dû vous dire que je m'ëtois reproché plus d^une fois de ne point vous écrire ; mes sentimens n ont point changé pour vous. Tai toujours cru réparer mes torts en vous rendant quelque grand service, mais je ne sais point Intriguer^ ni même demander. Voilà pourquoi j^ai vu tous mes cadets dans la révolution me passer sur le corps. Malgré cela , comme je suis abondamment pourvu de philosophie , et que dans tout ce que j'ai fait et écrit depub trois ans, je n'ai fait que suivre

; ma conscience et ma haine innée des abus , je me console alsémen^de l'ingratitude publique avec le témoignage de \ ma propre estime , et après avoir tour-à-tour élevé ou abaissé Mirabeau , Lafayette et les Laméth , selon qu'ik se montroient amis ou ennemis de la nation ; après avoir tant contribué à élever à la mairie et aux places qu'ils occupent, mon cher Péthion et tous nos féaux Robespierre, fiœderer, Manuel, etc., je rentre , après la révolution, dans le barreau, où la révolution m'a trouvé quand elle a commencé, et je vais débuter par une cause contre d'André , qui vient d'assigner en réparation de calomnie 11 ville de Marseille , c'est-à-dire la société des amis de 11 constitution , dans cette ville où tout le monde est jacobin.

Je viens à la liquidation de votre office. Votre numéro enregistré le 8 avril 1791 , n'étant que le 6836, j'ai cm inutile de presser votre liquidation ou de &ire passer 11 note de votre numéro 6836 au cousin Blin ^, qui ne m*a pas fait l'honneur de venir me voir, lorsque j'ai entendu M. Clavière faire la très sage motion de suspendre tous les paiemens d'office et l'assemblée prendre sa motion en considération et la renvoyer à ses comités. Il est absurde au suprême degré qu'un débiteur qui vend ses biens , paie

* Député aux états-généraux par le bailliage de Guise.

à fur et mesure les premiers créanciers qui se présenlenl sans connoitre le quantum de sa dette; il est souverainement injuste que la nation qui vend oit ses biens, ait fait d^ créanciers privilégiés , qu'elle ait dit à ceux qui lui ayoient prêté lo ou 5o,ooo fr. sur le parchemin d'un office: K^otre parchemin je le convertis en assignats de la valeur de loouSoyOOO fr. avec lesqueb vous pourrez acheter des biens;» et qu'elle ait osé dire à ceux qui lui avoient prêté ausii lo ou 5o mille livres sur le parchemin d'uncontrat:«Vous, votre remboursement n'est pas exigible. «Il ne faut pas être grand politifiie pour voir ce qui résultera de tout ceci en admettant même le cakul de

M. de MontesquioU) et en supposant qu'après avoir payé les officiers , il reste à la nation un excédent de cent miU lions sur le produit de la vente, des biens nationaux. Qu'est-ce que cent millions pour p&yer i5o millions de rentes annuelles sur la ville, qui lui resteront à payer, et qui ne seront plus hypothéqués que sur l'impôt? Pour moi, (soit dit entre nous) je ne doute guère de la banqueroute^et comme tout k bien de ma femme et de mon beaupère est sur la ville, vous jugez si je dois regarder d'un bon œil mon contrat au principal de rent mille firancs à 4 pour cent de retenue ; vous jugez si je puis convertir en assignats ce parchemin indivisible, a (a différence du parchemin demonoffice.Alavérité,ily aurait un moyen de diviser ce contrat} ce seroit de le vendre sur la place cl même

il semble qu'oD veut engager les détenteurs à s*en détaîre, puisque jamais les contrats sur la ville n*ont haussé si prodigieusement, les contrats à cinq pour cent étant aujourd'hui au pair, et les contrats à i^atre pour cent comme le mien valant 77 fr., ce qui est un grand bénéfice, puisque dans le temps de baisse , mon beau-père a pu Facheter seulement à 4^ francs 5 je vous en dirois bien la raison politique; mais le dessous de ce jeu seroil trop long à expliquer et ce que j'ai dit doit vous aider à le deviner. Mon intérêt seroit donc clairement de m'en dé* faire,ainsi que mon beau-père qui a peut-être 3oo,ooo fr. sur la ville ; mais c'est à quoi je n'ai pu le déterminer noD plus que ma femme, et quoique je ne dépense rien folle* ment et qu'on me croie plus près de l'avarice que de la prodigalité, tel est mon mépris pour les richesses que je ne crois pas que cent mille francs vaillent une querellé de ménage. Après avoir proposé mon plan de finance , jV bandonne le reste aux spéculations de mon beau-père et je ne contrarie point ma femme; je ne me courrouce tfoe contre les rois, les tyrans^ et les grands abus, comme s^îl n'y avoit que ces choses dignes de ma colère! , quijamaiv ne descend de ces hauteurs.

Adieu, mon très cher père, portex-vous bien. Je tod^ souhaite une vie assez longue pour que (tout tenant état)

%.-r'.'jrr:i*-'

mes concitoyens me rendent justice et me mettent à portée de faire pour vous tout ce que je voudrois.

Camille Desmouluts.

Lettre de Guffi*oy ( plus tard membre de la convention ) à Camille.

Arras, 20 décembre 1781.

QMdd aooi Ntooi librM, [• cblfrai 4f l'orlrt à§ h liWrtl.

Frère et ami ,

Mon cœur ëtoit à cote du vétre lorsque tous avez rédigé la sublime adresse contre le département de Paris. Je n'ai que le loisir de vous embrasser et de vous prier de vouloir bien m'envôyer quelques exemplaires de cette adresse. Je fai lue à notre Société avec bien du plaisir , elle a électrâè tes âmes de glace de nbs concitoyens.

Ma Femme vous embrasse.

Vous verrez dans Gorsas deux adresses de notre société, à Benoit.

GuFFROY.

Lettre de Ricord à Camille Desmoalins.

28 mars 1792.

Mon cher Camilte ^]

Un P. 4$. à la lettre que rassemblée t'écrivit me faisoil espérer signe de vie de ta part; mais puisqu'il faut t'émoustiller pour te faire parler, dis: « Je me porte bien, je suis )) content des Marseillois^ Les calomnie» des Brissotins » ne m' inquiètent pas; sans avoir le bonnet rouge, je suis » bon jacobin* » Assure-moi pour ma règle la réception de mon journal et dis ton avis. Marseille est (oujou^ en* r^igéjB* liCS patriotes sont et seront iespli^ fo^ts^ ^iquayid même M. Veto se feroit jacobin, on n'y ^roit point confiance. Notre armée est à Arles ; au premier jour tu auras des détails dans le journal. As-tu vu le doucereux Barbaroux? qu'en penses-tu? il doit se bien comporter et si comme je le crois il est digne des Marseillois ^ tu poux

le saluer pour moi. Dis-moi ton avis sur mon adresse ?a

« roi qui est dans mon N^ g. ..

Emmanuel Bcausset, ci-devant comte de St.- Victor, que

.1.121 <-• tu as vu chez Mirabeau , me charge de te saluer pour lot ; il aime tes talens et il est bon patriote.

Adieu , je t'embrasse de toute mon âme.

l^ïcofili fils , rue d'Aix,n^ 27.

Lettre de Gamilte Desmooliiis à ton père.

3 avril 1792.

Mon très cher père,

Si Duport , minbtre de la justice , ne tous a pas nommé commissaire du roi , votre fils , sans y penser, vous a bien vengé , car dans un écrit par lequel je répondob à Brissot, ayant publié contre lui et Condorcet un mot que m'avoil dit Duport , et qu*il m'avdt permis de divulguer, et Du* port interrogé ensuite par Brissot et Condorcet s*il m'avoit tenu ce propos, ne l'ayant point désavoué^ c'est là ce qui a excité contre lui cette grande tempête et lui a causé ce naufrage où il a perdu les sceaux et cent mille livres di^

rente , quoique ses commis se soient bien gardés délaisser pénétrer que ce fût là le motif de leur animosité ^ mais vous savez que dans tous les événemens politiques , il y a toujours un ressort apparent qui n^est que pour la montre et un ressort caché qui est toujours le véritable , et on n'envoie jamais un ministre à Orléans par la raisoa qui semble l'y Êiire alter.

J'ai espéré deux jours^ que je parviendrois à faire nommer Danton , un camarade de collège que j'ai dans le parti opposé et qui m'estime assez pour ne pas étendre jusqu'à moi la haine qu'il porte à meaopimons. Je m'élois employé de mou mieux et l'avois fortement recommandé à qui il appartient. Nous avons échoué.

Je vois bien que vous n'avez pas lu mon dernier imprimé, Brissot démasqué ^ (je vous le ferai passer parla première occasion ). Vous y auriez vu l'exposé naïf de l'état de ma fortune, et la proposition que vous me faites n auroit pu vous venir à l'idée. Tai reçu en dot 100,000 francs en contrats constitués sur la viDé au dénier 4? ce qui me fait 4)000 francs de renies, et 12,000 fr. en deniers convertis en trousseau, mobilier et acquittement de dettes. Comment' vouîez-vous que dans un moment où tout est renchéri plutôt de moitié que du tiers, avec 4)000 francs de rentes, je puisse acheter un bien de 3o,ooo francs? Votre maison, la maison natale m'est rhcre-, personne ne connoît mieux que moi le plaisir

qu^ëprouva Ulysse en voyant de loin la fumée dlthaquc ; mais , arec 49OO0 francs qui dans la circonstance présente ne valent guère plus de a, 000 livres de rentes, comment pourrois-je acheter une maison de 3o,ooo livres ? surtout quand je vais tout-4*rheure avoir un enfant, et que je sens déjà la charge de k paternité par les frais de layette et la tendre sollicitude d'une mère qui dès à présent s'inquiète des besoins de son fils^ et Taime presque jusqu'à me rendre jaloux. Je n'ai plus de pécule depuis que j'ai cessé mon journal. C'est une grande sottise que j'ai faite, car mon journal étoit une puissance qui (aisoit trembler mes ennemis, qui aujourd'hui se jettent lâchement sur moi , me regardant comme le lion à qui Amarillis a coupé les ongles. J'ai repris mon ancien métier d'hommç de loi , auquel je consacre à-peu-près tout ce que me laissent de temps mes fonctions municipales ou électorales et les jacobins > c'est-à-dire assez peu de momens. Il m'en coûte de déroger à plaider des causes bourgeoises, après avoir traité de si grands intérêts et la cause publique à la face de l'Europe. J'ai tenu la balance des grandeurs 5 j'ai élevé ou abaissé les principaux personnages de la révolution. Celui que j'ai abaissé ne me pardonne point , et je n'éprouve qu'ingratitude de ceux que j'ai élevés ^ mais^ls auront beau faire, celui qui tient la balance est toujours plus haut que ceux qu'il élève. 'Si fayois de Vargent^ je reprendrois ma plume ci ']q

remettrois bien des gens à leur place , au lieu que ^ faute de fonds , je suis venu à me trouver à Fégard de la révolution comme à l'égard de ma fiimille.

U paroit que vous espérez pour moi. Puissiez-vous vivre assez long-temps pour voir ce que je commence à croire qu^on n'a jamais généralement vu, c'est-à-dire qu'afH*ès le tour de l'intrigue soit venu le tour de la probité et des vertus pour arriver aux places que personnellement j'ambitionne assez peu.

Ma femme et moi nous vous embrassons et toute ma fiimille.

Votre fils,

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