ACTE I, SCÈNE Vil
Et de l'indifférence à l'oubli, n'est-ce pas? Quand on est à Paris, il n'est guère qu'un pas; 11 était déjà fait, lorsque Mademoiselle, A l'improviste un jour se présenta chez elle.
COMTOIS
Un retour si subit, en cette occasion, Dut ajouter, Lisette, à la progression.
LISETTE
Sans doute; il fallut bien voir qu'elle était grandie.
COMTOIS
Diantre !
LISETTE
On eut le chagrin de la trouver jolie. Une mère, vois-tu ? qui commence à décheoir, Regarde tour à tour sa fille et son miroir. Lorsqu'un attrait de moins dans sa personne brille, Elle en trouve toujours un de plus à sa fille; Et quand de ce qu'on perd une autre s'enrichit, On peut en ressentir quelque peu de dépit. Ce n'est pas pour Madame : elle est belle et sait plaire Mais un autre chagrin et l'agite et l'altère. Ma maîtresse est encore à la fleur de ses ans; Elle est riche, jolie; une foule d'amans Se disputent l'honneur de charmer son veuvage;
Lui parlant à Y oreille .
Et je sais, entre nous, qu'on pense au mariage.
COMTOIS
Je m'en doutais !
Il en est un.
L ISETTE.
Parmi ceux qui lui font la cour,
COMTOIS
Je sais, le chevalier Belcour?
LISETTE
Justement. Nous allions terminer cette affaire, Quand tout à coup Sophie arriva chez sa mère.
COMTOIS
Mais c'est, en vérité, fort mal choisir son temps.
L ISETTE.
N'est-il pas vrai? Cela dérangeait tous nos plans. Madame le sentit. Ordre à Mademoiselle, Depuis qu'elle est ici, de demeurer chez elle. Par cette ruse adroite, on retient les Amours, Que l'on craignait de voir s'envoler pour toujours.
COMTOIS
Il faut en convenir, l'invention est bonne.
Et personne ne sait qu'elle est ici? personne?
L ISETTE.
Non, sauf Belcour, à qui l'on voulait le cacher.
COMTOIS
Le chevalier?
Lui-même. On ne put empêcher Que, dès le premier jour, il n'apprît cette affaire. Dire comment il a pénétré ce mystère, Je ne le puis, Comtois; mais Madame déjà Commence à soupçonner...
COMTOIS
Ah ! bien, nous y voilà.