ACTE II, SCÈNE II
LA MARQUISE
Monsieur s'ennuie à la campagne?
BELCOUR
Je ne puis la souffrir.
LA COMTESSE
Quoi ! sérieusement, Ce séjour vous déplaît?
BELCOUR
Ëpouvantablement.
LA COMTESSE
Eh ! mais c'est une horreur qu'un langage semblable!
BELCOUR
A mon avis, le seul agrément véritable, Que présente des champs l'insipide séjour, C'est d'embellir Paris quand on est de retour. A la comtesse.
Mais vous qui me parlez, vous pensez donc, Madame, Que vous l'aimez ?
LA COMTESSE
Sans doute, et de toute mon âme.
BELCOUR
Vous vous trompez.
LA COMTESSE
Comment?
BELCOUR
C'est une illusion, Vous dis-je.
LA COMTESSF.
Mais j'y suis plus souvent qu'ici.
BELCOUR
Bon!
Cela ne prouve rien. Je sais une douairière Qui passe, tous les ans, six grands mois dans sa terre. Aussitôt qu'elle voit le printemps revenir, L'air de Paris lui pèse, elle veut en sortir. Les relais sont mandés. Dans son champêtre asile Elle a soin d'emmener ses plaisirs de la ville. Ce sont les mêmes goûts, les mêmes passe-temps : Le jeu, la médisance occupent ses instans; Son perroquet la suit, son singe l'accompagne; Et cette dame-là croit aimer la campagne!...
Il regarde madame Dorval.
Une autre, celle-là nous la connaissons tous, Sait du moins y jouir d'amusemens plus doux. Mais les plaisirs qu'elle a dans son triste ermitage, On les trouve à la ville, aussi bien qu'au village. Jugez-en par ce trait que je vais vous citer.
Jeu muet entre madame Dorval, qui fait signe à Bélcour de se taire, et ce dernier qui persiste à parler. J'étais dans sa retraite allé la visiter, Et je la plaisantais un jour sur sa manie De mener, loin du monde, une insipide vie. « Faite pour embellir les salons de Paris, Pouvez-vous, lui disais-je, habiter ce pays? Quels y sont vos plaisirs? » Au lieu de me répondre, Suivez-moi, me dit-elle, et je vais vous confondre. En achevant ces mots, elle me tend la main; Nous traversons le parc, et nous gagnons enfin