ACTE II, SCÈNE V
Toi-même, dis-le-moi, puis-je prétendre encore A fléchir le tyran de celle que j'adore ? Son cœur est sans pitié, Belcour; de sa maison Elle-même à sa fille a fait une prison.
BELCOUR
Tes crayons sont bien noirs!
GERMON
Veux-tu que je la vante ?
BELCOUR
Une femme, Germon, est rarement méchante, Lors même qu'elle fait une méchanceté.
As-tu vu quelquefois un enfant dépité?
Il s'emporte, il s'agite, il trépigne de rage. S'arrache les cheveux, se meurtrit le visage; Mais, un moment après, lui rend-on ses joujoux, L'aimable enfant sourit, et n'a plus de courroux. Voilà tout justement...
GERMON
Trêve de railleries.
Tu réponds à des faits par des plaisanteries. Je prise ta gaîté, j'aime ton enjoùment; Mais je les goûterais fort peu dans ce moment.
BELCOUR
Eh ! de quoi te plains-tu, mon ami ? tes affaires Sont en fort bon état.
GERMON
Je ne m'en doutais guères.
belcour, avec dignité. Aux pieds de mon génie il faut te prosterner. Elle est à toi; je puis, je vais te la donner.
GERMON
Mais les difficultés...
BELCOUR
Seront toutes vaincues.
Les choses sont au point où je les ai voulues.
GERMON
Comment ?
BELCOUR
Tu peux compter que je n'omettrai rien Pour faire incessamment ton bonheur et le mien.
GERMON
Qu'entends-je?
BELCOUR
Oui, je te dois l'aveu de ma faiblesse. J'aime, et vais épouser...
GERMON
Et qui donc ?
BELCOU R.
La comtesse.
Je l'adore...
Germon rit.
Cela te paraît surprenant; Car je n'ai ni le ton, ni les yeux d'un amant; Mais, dans ton intérêt, je tourmente ma belle, Et je joue à dessein la froideur avec elle.
GERMON
Toi, que j'ai toujours vu si changeant, si léger, Tu pourrais ?...