‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 24 sur 197 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Toi-même, dis-le-moi, puis-je prétendre encore A fléchir le tyran de celle que j'adore ? Son cœur est sans pitié, Belcour; de sa maison Elle-même à sa fille a fait une prison.

BELCOUR

Tes crayons sont bien noirs!

GERMON

Veux-tu que je la vante ?

BELCOUR

Une femme, Germon, est rarement méchante, Lors même qu'elle fait une méchanceté.

As-tu vu quelquefois un enfant dépité?

Il s'emporte, il s'agite, il trépigne de rage. S'arrache les cheveux, se meurtrit le visage; Mais, un moment après, lui rend-on ses joujoux, L'aimable enfant sourit, et n'a plus de courroux. Voilà tout justement...

GERMON

Trêve de railleries.

Tu réponds à des faits par des plaisanteries. Je prise ta gaîté, j'aime ton enjoùment; Mais je les goûterais fort peu dans ce moment.

BELCOUR

Eh ! de quoi te plains-tu, mon ami ? tes affaires Sont en fort bon état.

GERMON

Je ne m'en doutais guères.

belcour, avec dignité. Aux pieds de mon génie il faut te prosterner. Elle est à toi; je puis, je vais te la donner.

GERMON

Mais les difficultés...

BELCOUR

Seront toutes vaincues.

Les choses sont au point où je les ai voulues.

GERMON

Comment ?

BELCOUR

Tu peux compter que je n'omettrai rien Pour faire incessamment ton bonheur et le mien.

GERMON

Qu'entends-je?

BELCOUR

Oui, je te dois l'aveu de ma faiblesse. J'aime, et vais épouser...

GERMON

Et qui donc ?

BELCOU R.

La comtesse.

Je l'adore...

Germon rit.

Cela te paraît surprenant; Car je n'ai ni le ton, ni les yeux d'un amant; Mais, dans ton intérêt, je tourmente ma belle, Et je joue à dessein la froideur avec elle.

GERMON

Toi, que j'ai toujours vu si changeant, si léger, Tu pourrais ?...

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