‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 30 sur 197 · SOPHIE, MADAME DORVAL · texte numérisé non relu

SOPHIE, MADAME DORVAL

MADAME DO RV A I .

Approchez-vous.

SOPHIE, à part.

Je tremble !

MADAME DORVAL, UVt'C hllVlCltr .

Et n'ayez point d'effroi.

Sophie, à part.

Par quel tort ai-je pu l'irriter contre moi?

MADAME DORVAL

Écoutez, et parlez franchement, je l'exige. Je reçois un avis qui m'étonne et m'afflige. Ce matin même, ici, jugez de mon courroux, J'ai surpris un billet qui s'adressait à vous.

sophie, à part.

Germon m'aurait écrit! quel excès d'imprudence!

MADAME DORVAL

L'auteur est sûrement de votre connaissance?

Mais où l'avez-vous vu ? dans quels lieux ? en quel temps ?

Parlez.

SOPHIE

Je le connais depuis près de deux ans.

MADAME DORVAL

Mais comment avec lui vous êtes-vous trouvée ?

SOPHIE

Dans la pension même où je fus élevée.

MADAME DORVAL, « part.

Maudite pension! que n'ai-je pu prévoir!...

Haut.

Mais il avait sans doute un motif pour vous voir? Que venait-il chercher au fond de ces campagnes?

SOPHIE

Sa sœur, Madame, était une de mes compagnes.

MADAME DORVAL, (i part.

Sa sœur! il m'a caché qu'il avait une sœur!

11 a craint d'éveiller le soupçon dans mon cœur.

Haut et tendrement.

Sophie, écoutez-moi. Vous êtes jeune encore, Vous entrez dans la vie : à votre âge, on ignore Que les galans propos, le langage flatteur Que l'on nous tient sans cesse, ont bien peu de valeur. Peut-être il vous a dit que vous étiez... jolie; Qu'il vous aimait. Mais, vous, n'ayez point la folie De prendre au sérieux quelques mots obligeans, Que toute femme obtient de tous les jeunes gens.

SOPHIE

Mais il m'a bien juré...

MADAME DORVAL

Des sermens de tendresse!

Ce mot change de sens, sitôt qu'on nous l'adresse.

\TTF II, SCÈNB X fÇ

Le prononcer, n'est plus qu'un simple compliment ; El qui dît : je vous aime, est poli seulement.

SOPHIE

Ali! ne l'accusez point de n'être pas sincère; Sa conduite. Madame, a prouvé le contraire. 11 m'aime...

MADAME DORVAL

Vous aimer! j'admire, en vérité, Et votre suffisance et votre vanité!

Vous aimer!... dites-moi, qu'avez-vous donc pour plaire ? Un enfant, qui ne sait que rougir et se taire!... Vous n'avez pas quinze ans!... ni grâce, ni maintien; Et vous vous figurez!... mais détrompez-vous bien. De lui ne croyez pas que vous soyez aimée! H lui faut, mon enfant, une beauté formée; Il faut, pour le toucher, pour captiver ses vœux, Une femme qui plaise à l'esprit comme aux yeux, Avant les qualités que nous donne l'usage, Sans avoir rien perdu des charmes du bel âge; En un mot (recevez cet avis en passant), Il lui faut une femme, et non pas un enfant.

SOPHIE

Pour moi votre tendresse à tort s'est alarmée : Ah! rassurez-vous bien : votre fille est aimée. Tout me répond de lui; son cœur ne peut changer. Tenez! écoutez-moi, vous allez en juger. Ce qui l'amène ici, vous l'ignorez, ma mère : C'est le désir qu'il a de m'y voir, de vous plaire. Trompé dans son espoir, rien ne l'a rebuté. Ce tendre empressement, cette assiduité, Ah ! ne sont-ce pas là des preuves de sa flamme?

6o LA MÈRE RIVALE

Chaque soin complaisant qu'il a pour vous, Madame,

Est un gage nouveau qu'il donne de sa foi;

Et chaque égard pour vous, un hommage pour moi.

m a n a M F. d orva i. , haut et à part. Me tromper!...

sophie, avec vivacité.

Jugez mieux de sa délicatesse!

S'il vous a témoigné des soins, de la tendresse, Je puis vous protester qu'il sentait tout cela; Avant de vous connaître, il vous aimait déjà ! Son unique désir est celui de vous plaire, Et son amour, celui d'un fils pour une mère.

Madame Dorval fait un mouvement d' impatience. Il ne connaît, pour vous, que ce doux sentiment, Madame; gardez-vous d'en juger autrement. Tenez! si vous pouviez lire au fond de son âme, Son amitié pour vous vous toucherait, Madame. Ah! daignez-y répondre, et combler notre espoir. Daignez...

madame dorval, furieuse.

Retirez-vous! je ne puis plus vous voir. SOPHIE, à part.

Que vas-tu devenir, malheureuse Sophie!

Elle sort.

MADAME DORVAL, 5fl//c.

J'étouffe de fureur! je meurs de jalousie! 11 semble qu'apprêtant ses phrases avec art, La perfide, à plaisir, enfonce le poignard!... A quel rôle, grand Dieu! je me vois descendue! Quand il venait me faire une cour assidue,

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