ACTE III, SCENE I
Tour sa terre aujourd'hui veut la faire partir. Ma Sophie, en ces lieux, ne doit plus reparaître. Dès ce soir, mon ami, dans une heure peut-être. Nous serons séparés, sans doute pour jamais. Tout est perdu !
BELCOU R.
Cela rentre dans mes projets.
GER M O N
Parlons raison, Belcour. Tiens, tu me désespères. Tu comptes, pour changer la face des affaires, User de ton crédit sur madame Dorval?
Eh bien! c'est une erreur : vous êtes au plus mal. Soit quelle ait découvert tes desseins, ou peut-être Par un autre motif, que je ne puis connaître, Elle a juré, dit-on, de ne te voir jamais.
BELCOUR
Bien! fort bien! tout cela rentre dans mes projets.
germon, avec colère.
Ah ! cesse d'insulter à ma douleur extrême. Est-il dans tes projets de m'ôter ce que j'aime? De me désespérer? Si tel est ton désir, Je conçois qu'en effet tu doives t'applaudir. Oui, perfide! je vois quel est ton but coupable. Tu jouis en secret du malheur qui m'accable, Et ta feinte amitié n'a paru me servir, Qu'afin de mieux me perdre et de mieux me trahir. Lorsqu'à ta loyauté mon amour se confie, Quand je me livre à toi, tu m'enlèves Sophie!
belcour, avec dignité.
Tu peux douter de moi? j'excuse ton erreur, Et ne veux me venger qu'en faisant ton bonheur.
G! RM ON, confia .
Ah! pardon, mon ami! le désespoir m'égare; Ne erois pas que j'adopte un soupçon si bizarre. Mais aussi, quand tu vois que je suis attristé, Pourquoi cette froideur, cette légèreté?
BELCOUR
Faut-il que le chagrin m'assiège, me dévore? S'effrayer d'un péril, c'est l'augmenter encore. Moi, j'oppose un front calme à tout événement, Gaîment je réussis, ou succombe gaîment. Je regarde en pitié ces gens atrabilaires, De qui l'abattement empire les affaires. La gaîté, de l'esprit anime les ressorts, Rend le coup-d'œil plus sûr, les obstacles moins forts. Lorsque son feu divin nous éclaire, nous aide, On voit mieux le danger, on voit mieux le remède; Tiens, Germon, mille fois je m'en suis convaincu, Quand on rit d'un obstacle, il est presque vaincu.
GERMON
Ah! que ne puis-je avoir ton heureux caractère! Mais pourquoi, mon ami, t'entourer de mystère? Pour quel motif, dis-moi, ne pas me révéler Ce plan si merveilleux dont tu viens de parler? Ainsi que toi, Belcour, la chose m'intéresse.
BELCOUR
Laisse là mes projets, Germon; l'heure nous presse. Le temps qu'il me faudrait perdre à te les conter, J'aime mieux l'employer à les exécuter.
GERMON
Mais c'est donc un moyen bien extraordinaire?