‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 89 sur 197 · DU VAL · texte numérisé non relu

DU VAL

Laure, mettez un terme à mon incertitude, Et finissez, de grâce, un supplice trop rude. Depuis assez long-temps, je le vois chaque jour, Du dédain le plus froid vous payez mon amour. Veuillez enfin répondre avec franchise : Laure, Dois-je vous perdre, ou bien puis-je espérer encore?

LAURE

Puisque vous exigez des explications, Je vais vous informer de mes intentions;

Impérieusement.

Prêtez-moi, je vous prie, une oreille attentive! J'ai des talents, monsieur, qu'il faut que je cultive. J'aime les arts, on peut avouer de tels goûts, Et je veux me livrer à des penchants si doux. D'après cela, je crois, vous devez bien comprendre Qu'à des soins vétilleux je ne puis pas descendre; 11 faudra là-dessus se faire une raison : Monsieur, je n'aurai pas de temps pour la maison. L'été, je veux trois mois demeurer dans ma terre; Mais je n'exige pas qu'avec moi l'on s'enterre; On peut rester. Pour moi, j'aime la paix des champs; Là, les plaisirs sont vrais, purs, simples et touchants.

i^8 l'éducation ou les deux cousines

Paris, vous le savez, veut une autre existence; Aussi, j'y montrerai de la magnificence. Le luxe est, nous dit-on, utile; eh bien! je veux En avoir beaucoup, j'aime à faire des heureux. En tout lieu, pour le ton, je veux être citée, Il me faut des chevaux, une maison montée; Enfin, je veux avoir... ce que tout le monde a, Une loge aux Bouffons, ou bien à l'Opéra. Comme vous le voyez, de peu je me contente! Jamais femme, je crois, ne fut moins exigeante. Des affaires, d'ailleurs, je ne me mêle en rien! Mon mari, comme il veut, peut amasser du bien. En revanche!... je veux diriger la dépense, Et prétends là-dessus avoir pleine licence. Offrez-moi tout cela, dans huit jours, dès demain, Et je vous aime assez pour vous donner ma main. Elle finit eu faisant une révérence.

d u va l fils, avec beaucoup de calme. Laure, je vous sais gré d'avoir cette franchise! Je vois au moins de qui mon âme était éprise. Oui, tous vos procédés, et l'aveu que j'entend M'ouvrent enfin les yeux, je m'éloigne content.

Il sort.

SCÈC^E V

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