‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 97 sur 197 · ACTE III, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE X

Ce que dernièrement vous m'écriviez encore Au sujet d'Amédée. Aussi l'avez-vous mis Dans l'un des plus brillants collèges de Paris.

MONSIEUR DUPRÉ

Sans doute; mais, madame, un père de famille Doit élever son fils autrement que sa fille. La différence est grande, et cela se conçoit; L'homme fait son état, la femme le reçoit.

MADAME DUPRÉ

Ainsi, coudre et filer, s'occuper du ménage, Si je vous ai compris, voilà notre partage; Les arts seront pour vous.

MONSIEUR DUPRÉ

Vous ne m'entendez point; Je ne suis point injuste et barbare à ce point. Ce sont les arts qui font le charme de la vie, Et par eux une femme est toujours embellie. Votre sexe avec nous peut bien les partager; Rien d'aimable ne doit lui rester étranger; Il est doux de trouver dans une épouse chère Des arts consolateurs qui sachent nous distraire, De pouvoir, sans quitter son modeste séjour, Se reposer le soir des fatigues du jour. Ayez donc des talents! Mais il est nécessaire Qu'on en fasse un plaisir, et non pas une affaire. Chacun veut aujourd'hui briller, voilà le mal ! Ce vice est parmi nous devenu général; 11 est dans tous les rangs. Le marchand le plus mince Élève ses enfants comme des fils de prince; Sa fille, qu'en tous lieux il se plaît à vanter, N'entend rien au ménage, et ne sait pas compter;

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En revanche elle fait des vers, de la musique, Et l'on trouve un piano... dans l'arrière boutique. Mais je veux maintenant traiter un autre objet. J'ai besoin de parler de l'accueil qu'on a fait A ce brave Duval.

du val père, s' avançât! t d'un air de triomphe. Ah!

monsieur dupré.

Savez-vous, madame, Que vous l'avez blessé jusques au fond de l'âme, Que vos torts sont affreux, et que, de mon côté, Dans mon vieux compagnon je me trouve insulté? Mais vous avez chez vous une brillante fête, Et sans doute déjà votre absence inquiète. 11 ne faut pas laisser soupçonner seulement Mon retour, et surtout mon mécontentement. Bien que tous ces gens-là partagent vos folies, Ils sont chez moi! je veux que vous soyez polies; Allez les retrouver. Demain nous nous verrons, Et je vous ferai part de mes intentions.

Madame Dupré s'éloigne; monsieur Duval va la prendre par la main, et la ramène.

duval père.

Un moment. Moi, je vais vous parler pour mon compte.

MONSIEUR DUPRÉ

Duval...

DUVAL PÈRE, à son ami.

Je n'y tiens plus.

A madame Dupré.

N'avez-vous pas de honte.

A quarante-cinq ans, de vous conduire ainsi ?

ICTE 111, SCÈNE XI 173

Ciel! encore une scène! Eloignons-nous d'ici.

Elle j ait.

Mais cet homme est donc fou!

SCÈC^E XI

MONSIEUR DUTRÉ, .MADAME DUTRE, DUVAL père.

MONSIEUR D U P R É

Mon cher ami, de grâce!...

DU VAL PÈRE

Tiens, tu n'es, je le vois d'après ce qui se passe,

Qu'une poule mouillée. On va savoir, corbleu,

De quel bois je me chauffe, et vous verrez beau jeu.

S' approchant de Madame Dupre.

Madame, qui voulez fréquenter la noblesse, Qui prenez de grands airs, et faites la princesse, Faut-il vous rappeler notre origine à tous?

MADAME D U P R É

Mais...

duval Père,/' interrompant.

Oui, deux sous, madame, et je n'en rougis guères ; 11 vaut mieux tout devoir au travail qu'à ses pères. Nos enfants en sauront plus long que nous; pourtant,

174 l'éducation ou les deux cousines

Ils vaudront beaucoup moins, s'ils n'en font pas autant. Voulez-vous que Duval épouse votre Laure? Malgré tout, je puis bien y consentir encore; Je suis prêt à signer le papier timbré. Mais Je vais vous détailler les clauses que j'y mets : Comme il faut que ma bru soit une ménagère, On voudra bien changer de ton et de manière. Ainsi, plus d'attirail ici; je veux lui voir, Au lieu de garniture, un bon tablier noir.

MADAME DUPRÉ

Ah! fi, monsieur! l'horreur!

DUVAL PÈRE

Je veux qu'elle dirige Tout son monde; je veux, si le besoin l'exige, Qu'elle mette la main à la pâte, et parfois Qu'elle ne craigne pas de se salir les doigts. Voilà comme faisait ma défunte!... Madame, Si cela vous convient, parlez; elle est sa femme. Autrement, serviteur; c'est là mon dernier mot.

Serrant la main à monsieur Duprê.

Adieu, mon vieux. Je vais me coucher. A tantôt.

// sort.

SCÈC^E XII MONSIEUR DUPRÉ, MADAME DUPRE.

MONSIEUR DUPRÉ

Ma femme, ce qu'il dit (à part sa brusquerie) Est fort judicieux; pensez-y, je vous prie.

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