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Pour devenir populaires, les chansons de Béranger ont pu se passer du secours de la musique, et ce n'est pas un des moindres éloges qu'on en puisse faire. Le plus grand nombre de ses admirateurs, dans les départements sur-tout, connaissant peu ou ignorant entièrement les airs indiqués par l'auteur, se sont contentés de lire ces strophes sublimes auxquelles la France a accordé à tant de titres une estime si sympathique et si fidèle.
Toutefois, et sur la demande exprimée par la plupart de MM. les Souscripteurs aux OEuvres complètes de Béranger, l'éditeur croit qu'on lui saura gré de publier les airs que ce poëte national a choisis pour accompagner sa pensée et pour lui servir en quelque sorte de complément. Un autre grand poëte, qui a aussi légué à notre âge des hymnes empreints d'un brûlant patriotisme, et étincelants d'une vive imagination , l'a dit avec brièveté, justesse et poésie :
Les vers sont enfants cîe la lyre ; Il faut les chanter, non les lire.
Mais il ne suffisait pas de publier ces airs avec les motifs seulement, comme on les trouve dans la Clef du Caveau, ou dans d'autres recueils du même genre; ce n'eût été, en quelque sorte, qu'offrir le trait d'un tableau. Pour jouer un air sur des notes aussi incomplètes, ou même pour les lire, il faut une certaine habileté musicale, qui n'est le partage que d'un petit nombre d'amateurs. L'éditeur des OEn-
vres complètes de Bélanger, afin d'en mettre la musique à la portée de tous, s'est adressé aux musiciens les plus habiles, aux instrumentistes les pins exercés ; il est parvenu, g^race à leur bonne volonté et à leur secours, à faire écrire dans les tons les plus faciles pour tous les instrviments, et même pour les instruments à vent les plus bornés, tels que la flûte et le flageolet, les airs des chansons do Béranger; de sorte qu'il suffira des moindres notions musicales pour pouvoir déchiffrer, lire et chanter Déranger sur les airs qu'il a choisis; airs qui, bien qu'ils n'ajoutent rien à la vérité ou à la force de la pensée, donnent néanmoins plus de précision et de vivacité à l'expression. L'éditeur a dû cependant, pour les airs faits exprès sur certaines chansons, respecter les intentions du compositeur, en écrivant ces \'ers dans le ton que celui-ci a primitivement adopté.
La musique des chansons de Déranger* est un complément utile des oeuvres de ce grand poëte. Personne n'ignore avec quel tact spirituel, quel goût exercé, quel sentiment de l'originalité et des contrastes il a choisi les airs qu'il a adaptés à ses chants. Dans des strophes, toutes remplies de verve patriotique, toutes impressionnées d'un profond sentiment philosophique et moral, toutes brillantes d'imagination et de poésie, l'air a été souvent pour Déranger un moyen de rejeter dans l'ombre quelques détails secondaires, de mettre en lumière éclatarjte certaines pensées dominantes. Il est plusieurs de ses chansons où l'habileté du rhythme musical ajoute tant d'intérêt à l'expression poétique, qu'on les admire après les avoir lues, et qu'on en est enthousiaste après les avoir chantées.
La Musique des Chansons de Re'ranf;er est publiée en huit ou neuf livraisons et imprimée par le procédé de E. Duvcrger. Il parait une livraison tous les quinze jours. Le prix de chaque livraison, contenant de 3â à ^o airs, est de 5o c. pour le papier snperfin; i fr. pour le papier vélin [exemplnire d'artiste). Cette musique fait le complément des OEUVRES COMPLETES dc Béranfjer, qui se publient en ce moment à 5o t. la livraison, avec (;r,>viircs.
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Béranger, Pierre Jean de CEuvres complètes