‹ ŒuvresChapitre 14 sur 107 · LA FUITE DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LA FUITE DE L'AMOUR

Afp.

Je vois déjà se déployer les ailes, Amour; adieu! mon bel âge est passe.

D\m air moqueur les Grâces infidèles Montrent du doigt mon réduit délaissé.

S'il fut des jours où j'ai maudit tes armes, Savais-je , hélas ! que tu m'en punirais? Ah ! plus, Amour, tu nous causes de larmes, Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Je reposais du sommeil de l'enfance Lorsqu'à ta voix mes yeux se sont ouverts ; Dans la beauté j'adorai ta puissance,

CHANSOlNS DE BÉRANGER. 55

Et vins m'offrir de moi-même à les fei's. Si jemie encor j'ignorais tes alarmes , Tes sombres feux, le poison de tes traits. Ah ! plus, Amour, tu nous causes de larmes, Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Giaeé par lâge, il se peut que j'oublie Tous les baisers que Rose me donna, Mais non les pleurs versés pour Eulalie, Non les soupirs perdus près de Nina.

Pour bien aimer, l'une avait trop de charmes; Mes vœux pour l'autre ont dû rester secrets. Ah ! plus. Amour, tu nous causes de larmes. Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Fuis donc, Amour, ma couche solitaire; Fuis! car déjà tu souris de pitié.

De mes ennuis pénétrant le mystère, Les bras tendus, vers moi vient l'Amitié. Pour l'éloigner fais luire encor tes armes ;

8es soins sont doux, mais j'en abuserais; Car plus, Amour, tu nous causes de larmes, Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

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L'ANIVIIERSAIRE.

Ain du Partage de la richesse.

Depuis un an vous êtes née, Héloise, le savez-vous?

C'est là votre plus belle année, Mais l'avenir vous sera doux.

Voici des fleurs que l'on vous donne; Parez- vous-en, et, s'il vous plaît, Charmante avec cette couronne , N'allez point en faire un hochet.

Un enfant qui ne vieillit guère, Sachant qui vous donna le jour.

Devine que vous saurez plaire; Vous le connaîtrez, c'est l'Amour Redoutez-le pour mille causes,

Bien qu'il vous soit frère de lait; Car de votre chapeau de roses 11 voudra se faire un hochet.

L'Espérance aux ailes brillantes, Sur vous se plaît à voltiger :

De combien de formes riantes Vous dote son prisme léger!

A ses doux songes asservie, Vous serez heureuse en effet , Si pour chaque âge de la vie Elle vous réserve un hochet.

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LE \1ELX SERGEXT.

Près du rouet de sa fille chérie Le \'ieux sergent se distrait de ses maux , Et, dune main que la balle a meurtrie, Berce en riant deux petits-fils jumeaux. Assis tranquille au seuil du toit champêtre , Son seul refuge après tant de combats, U dit parfois : " Ce n'est pas tout de naître; " Dieu, mes enfants, vous donne im beau trépas!

Mais qu entend-il : le tamboui* qui résonne

Il voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne;

Ti(! vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas! soudain, tristement il s'écrie:

« C'est un drapeau que je ne connais pas. u Ah! si jamais vous vengez la patrie, « Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !

« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

« Aux bords du Rhin, à Jemmape , à Fleurus,

« Ces paysans, fils de la République,

« Sur la frontière à sa voix accourus?

" Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes,

« Tous à la gloire allaient du même pas.

« Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

" Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

"De quel éclat brillaient dans la bataille " Ces habits bleus par la Victoire usés! « La Liberté mêlait à la mitraille

i< Des fers rompus et des sceptres brisés.

u Les nations, reines par nos conquêtes,

'< Geignaient de fleurs le front de nos soldats.

.< Heureux celui qui mourut dans ces fêtes !

«Dieu , mes enfants, vous donne un beau trépas !

- Tant de vertu trop tôt fut obscurcie.

< Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs;

« Par la cartouche eneor toute noircie

"Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

" La Liberté déserte avec ses armes;

« D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;

« A notre gloire on mesure nos larmes.

" Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »

Sa fille alors, interrompant sa plainte, Tout en filant lui chante à demi-voix Ces airs proscrits qui, les frappant de crainte, Ont en sursaut réveillé tous les rois.

« Peuple, à ton toin- que ces chants te réveillent :

« Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas. Puis il répète à ses fils qui sommeillent: " Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

LE PRISONIVJIER.

Air de la Balançoire, d'Amédée de Beauplan.

Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, Tonde est cahiie et limpide, Le ciel sourit: vogue, reine des, flots.

Ainsi chante, à travers les grilles, Un captif qui voit chaque jour Voguer la plus belle des filles Sur les flots qui baignent la tour.

Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, Tonde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue , reine des flots.

$â CHANSONS DE BÉRANGEK.

Moi, captif à la fleur de l'âge Dans ce vieux fort inhabité, .l'attends chaque jour ton passage Gomme j'attends la liberté.

Reine des flots, sur ta barque rapide ,

Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue , reine des flots.

L'eau te réfléchit grande et belle; Ton sein forme un heureux contour.

A qui ta voile obéit-elle?

Est-ce au Zéphyr? est-ce à l'Amour?

Heine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide. Le ciel sourit : vogue, reine des flots.

De quel espoir mon coeur s enivre !

Tn veux m'arracher de ce fort.

Libre par toi, je vais te suivre; Le bonheur est sur l'autre bord.

Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. liCS vents sont doux. Tonde est calme et limpide. Le ciel sourit : vogue, reine des flots.

Tu t'arrêtes, et ma souffrance Semble mouiller tes yeux de pleurs.

Hélas ! semblable à l'Espérance , Tu passes, tu fuis, et je meurs.

Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide , Le ciel sourit : vogue, reine des flots.

L'illusion m'est donc ravie!

Mais non : vers moi tu tends la main.

T. III

Astre de qui dépend ma vie, Pour moi tu brilleras demain.

Reine des flots, sur ta barque rapide Vogue en chantant, au bruit des longs échos. Les vents sont doux, l'onde est calme et limpide, Le ciel sourit : vogue , reine des flots.

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CHANSONS DE BÉTiANGER.

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