‹ ŒuvresChapitre 48 sur 107 · LE PAPE MUSULMAN · texte numérisé non relu

LE PAPE MUSULMAN

AïK . Eh! ma mère, est-ce que j' s;iis ça?

Jadis voyageant pour Rome, Un pape, né sous le froc, Pris sur mer, fut, le pauvre homme, Mené captif à Maroc.

D'abord il tempête, il sacre, Reniant Dieu bel et bien.

-Saint-Père, lui dit son diacre, Vous vous damnez comme un chien.

Sur un pal que Ion aiguise

Croyant déjà qu'on le met ,

Le fondement de Téglise

Dit : Invoquons Mahomet.

Ce prophète en vaut bien d autres;

Je me fais son paroissien.

— Saint-Père, au nez des apôtres Vous vous damnez comme un chien.

Aye! aye! on le circoncise.

Le voilà bon musulman, Sinon parfois qu'il se grise Avec un coquin d'iman. '

Il fait de sa vieille Bible • Tin usage peu chrétien.

— Saint-Père, c'est trop risible;

Vous vous damnez comme un chien.

En vrai corsaire il s'équipe; Pour le Croissant il combat, Prend le sorbet et la pipe; Dans un harem il s'ébat.

Près des femmes qu il capture, Voyez donc ce grand vaurien !

— Saint-Père, quelle posture !

Vous vous damnez comme un chien.

CHANSONS DE DÉRANGER. lî>7

A Maroc survient la peste ;

Soudain fuit notre forban,

Qui dans Rome, d'un air leste,

Rentre avec son beau turban.

-Souffrez qu'on vous rebaptise.

-Non , dit-il , ça n'y fait rien .

-Saint-Père, quelle bêtise!

Vous vous damnez comme un chien.

Depuis, frondant nos mystères.

Ce renégat enragé Veut vider les monastères, Veut marier le clergé.

Sous lui l'église déchue Ne brûle juif ni païen.

-Saint-Père, Rome est fichue; Vous vous damnez comme un chien.

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