‹ ŒuvresChapitre 71 sur 107 · LAIDEUR ET BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LAIDEUR ET BEAUTÉ

Air : C'est à mon maître en l'art de plaire.

Sa trop grande beauté m'obsède; C'est un masque aisément trompeur.

Oui, je voudrais qu'elle fût laide, Mais laide , laide à faire peur. Belle ainsi faut-il que je l'aime!

Dieu, reprends ce don éclatant; Je le demande à l'enfer même :

Qu'elle soit laide et que je l'aime autant.

A ces mots m'apparaît le diable;

C'est le père de la laideur:

« Rendons-la , dit-il , effroyable , « De tes rivaux trompons l'ardeur.

2m CHANSONS DE HÉRANGER

li J'aime assez ces métamorphoses.

u Ta belle ici vient en chantant:

.c Perles, tombez; ianez-vous, roses, u lia voilà laide et tu l'aimes autant. »

Laide! moi ! dit-elle, étonnée.

Elle s'approche d'un miroir, Doute d'abord, puis, consternée.

Tombe en un morne désespoir.

u Pour moi seul tu jurais de vivre, '

.• Lui dis-je, à ses pieds me jetant : u A mon seul amour il te livre.

« Plus laide encor, je t aimerais autant. •

Ses yeux éteints fondent en larmes, 'f 'd.

Alors sa douleur m'attendrit:

Ah! rendez, rendez-lui ses charmes.

Soit! répond Satan qui sourit.

Ainsi que naît la fraîche aurore, ^

Sa beauté renaît à l'instant.

Elle est, je crois, plus belle encore:

CHAISSOÎN'S J)K llÉRANGEIl. 2'.)"

Elle ost plus belle et moi je l'aime autant.

Vite, au miroir elle s'assure Qu'on lui rend bien tous ses appas; Des pleurs restent sur sa figure , Qu'elle essuie en grondant tout bas.

Satan s'envole, et la cruelle Fuit et s'écrie en me quittant :

Jamais fille que Dieu fit belle Ne doit aimer qui peut l'aimer autant.

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