‹ ŒuvresChapitre 83 sur 107 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Air : Garde à \oiis! (de la Fiancée).

Mes amis,

.T'ai soumis L'enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain

Un lutin, {bis.) Sous forme d'oiseau-mouclie A mon chevet il couche.

Lutin doux et chéri, Baisez-moi, Colibri, • Colibri! (ter.)

CHANSOÎSS DE DÉRANGER. 357

vS 'éveillant ,

Babillant, Au jour qui naît et brille, Son petit corps scintille D'émeraude et d'azur

Et d'or pur.

Fleur qui cherche sa tifje, Le voilà qui voltige :

L'aurore en a souri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri!

Je le vois,

A ma voix, Voler vers qui m'implore.

Ses ailes font éclore Richesse, honneurs, amours

Et beaux jours.

Quelque soif qui m'embrase , Il peut remplir le vase Que ma bouche a tari.

CHAINSOINS DE BÉKAiNGER.

Baisez-moi, Colibri, Colibri!

Je puis voir

Son pouvoir Franchir l'espace et l'onde; Du Pérou, de Golcondc M'apporter, dans nos ports, -'■

Les trésors.

Mais, non; point d'opulence, Quand un peuple en silence Souffre et meurt sans abri.^ Baisez-moi, Colibri,

Colibri!

Je puis voir

Son pouvoir Me donner des couronnes; Des palais à colonnes.

Des gardes et l'amour

D'une cour.

GHANSOISS DE BÉKANGER. 359

Mais, non; j'en sais l'histoire :

Le monde à tant de gloire , De douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri, Colibri!

Demandons,

Pour seuls dons.

Simple toit, portes closes; Des chants, du vin, des roses, Et la paix d'un reclus.

Rien de plus, (^bis.) Mon paradis s'arrange.

Dieux! et l'oiseau se change En piquante houri.

Baisez-moi, Colibri,

Colibri! (ter.)

CHAINSON8 DE BÉMANGEK.

EMILE DEBRAUX.

CHANSOK- PROSPECTUS

l'OUR LES OEUVRES DE CE O H A X SO .> IX 1 11 R.

Air : Dis-moi, soldat, t'en souviens-tu?

IjC pauvre Éinile a passé comme mie ombre, Ombre joyeuse et chère aux bons vivants. Ses gais refrains vous égalent en nombre , Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents. Debraux, dix ans, régna sur la goguette, Mit l'orgue en train et les chœurs des faubourgs, Et roulant, roi, de guinguette en guinguette, Du pauvre peuple il chanta les amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie. En étourdi vers le plaisir poussé; Pouffant de rire à voir couler* sa vie Gomme le vin d un tonneau défoncé; Sifflant le sot sous les croix qu'il découvre, Ou sur son char le grand mal affermi; Sans s'informer par où l'on monte au Louvre , Du pauvre peuple il est resté l'ami.

Mais, dites- vous, il avait donc des renteà? Eh ! non , messieurs ; il logeait au grenier. Le temps, au bruit des fêtes enivrantes. Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver : le bois manquait à l'âtre; La vitre, au nord, étincelait de fleurs; 11 grelottait, mais sa muse folâtre, Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l'œil des rois on a compté les larmes; Les yeux du peuple en ont trop pour cela:

362 ÇHAÎNSUNS DE BÉRANGER.

La France alors pleurait l'éclat des armes

Et les grandeurs dont le cours Fébranla.

Ta voix, Emile, évoquant notre histoire ;,

Du cabaret ennoblit les échos;

G était l'asile où se cachait la gloire:

Le pauvre peuple aime tant les héros!

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse. V *'' .Te l'ai conduit où vieux j'irai demain. Chantant au loin , des buveurs à voix fausse Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin. C'étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs fils sauront bien rajeunir. De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir?

De sa famille allégez l'indigence; Riches et grands, achetez ce recueil.

A tant d'esprit passez la négligence :

iVh ! du talent le besoin est l'écueil.

CHANSONS DE BÉRANGEU. 3G3

Ne soyez point ingrats pour nos musettes ; Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites, Le pauvre peuple a besoin de chansons.

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