ACTE I, SCÈNE I
Do ses attraits usés déguiser la foiblesse.
Ce sont là les retours des coquettes du temps :
Il leur est dur de voir déserter les galants.
Dans un tel abandon leur sombre inquiétude Ne voit d’autre recours que le métier de prude;
Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose et ne pardonne rien;
Hautement d’un chacun elles blâment la vie ,
Non point par charité, mais par un trait d’envie Qui ne sauroit souffrir qu’un autre ait les plaisirs Dont le penchant de l’âge a sevré leurs désirs.
MADAME PERNELLE, à Elmire.
Voilà les contes bleus qu’il vous faut pour vous plaire,
Ma bru. L’on est chez vous contrainte de se taire;
Car madame, à jaser, tient le dé tout le jour.
Mais enfin je prétends discourir à mon tour :
Je vous dis que mon fils n’a rien fait de plus sage Qu’en recueillant chez soi ce dévot personnage;
Que le ciel au besoin l’a céans envoyé Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé;
Que, pour votre salut, vous le devez entendre,
Et qu’il ne reprend rien qui ne soit à reprendre.
Ces visites, ces bals, ces conversations,
Sont du malin esprit toutes inventions.
Là, jamais on n’entend de jaieuses paroles;
Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles;
Bien soiivent le prochain en a sa bonne part,
Et l’on y sait médire et du tiers et du quart.
Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées De la confusion de telles assemblées;
Mille caquets divers s’y font en moins de rien;
Et , comme l’autre jour un docteur dit fort bien ,
C’est véritablement la tour de Babylone,
Car chacun y babille, et tout du long de l’aune;
Et pour conter l’histoire où ce point l’engagea...
( montrant Cléunte.)
Voilà-t-il pas monsieur qui ricane déjà!
Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire,
(à Elmire .)
Et sans... Adieu, ma bru; je ne veux plus rien dire.
Sachez que pour céans j’en rabats la moitié,
Et qu’il fera beau temps quand j’y mettrai le pied.
(i donnant un soufflet a Flipote.)
LE TARTUFE
Allons, vous, vous rêvez et bavez aux corneilles. Jour de dieu! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupc, marchons.