‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 118 sur 785 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Snr cette autre union quelle est donc votre attente?

De me donner la mort si Ton me violente.

Fort bien. C’est un recours où je ne songeois pas :

Vous n’avez qu’à mourir pour sortir d’embarras.

Le remède sans doute est merveilleux. J’enrage Lorsque j’entends tenir ces sortes de langage.

Mon dieu! de quelle humeur, Dorine, tu te rends!

Tu ne compatis point aux déplaisirs des gens.

Je ne compatis point à qui dit des sornettes,

Et. dans l’occasion mollit comme vous faites.

Mais que veux-tu? si j’ai de la timidité.

Mais l’amour dans un cœur veut de la fermeté.

Mais n’en gardé-je pas pour les feux de Valère?

Et n’est-ce pas à lui de m’obtenir d’un père?

Mais quoi! si votre père est un bourru fieffé,

Qui s’est de son Tartufe entièrement coiffé Et manque à l’union qu’il avoit arrêtée,

La faute à votre amant doit-elle être imputée?

Mais, par un haut refus et d’éclatants mépris,

Ferai-je, dans mon choix, voir un cœur trop épris? Sortirai-je pour lui, quelque éclat dont il brille,

De la pudeur du sexe et du devoir de fille?

Et veux-tu que mes feux par le monde étalés...

Non , non , je ne veux rien. Je vois que vous voulez Être à monsieur Tartufe; et j’aurois, quand j’y pense, Tort de vous détourner d’une telle alliance.

Quelle raison aurois-je à combattre vos vœux?

Le parti de soi-même est fort avantageux.

Monsieur Tartufe! oh! oh! n’est-ce rien qu’on propose? Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose,

N’est pas un homme, non, qui se mouche du pied;

Et ce n’est pas peu d’heur que d’étre sa moitié.

Tout le monde déjà de gloire le couronne;

Il est noble chez lui, bien fait de sa personne;

Il a l’oreille rouge et le teint bien fleuri:

Vous vivrez trop contente avec un tel mari.

Mon dieu!...

dorine. Quelle allégresse aurez-vous dans votre aine, Quand d’un époux si beau vous vous verrez la femme! Ah! cesse, je te prie, un semblable discours;

Et contre cet hymen ouvre-moi du secours.

C’en est fait, je me rends, et suis prête à tout faire.

Non, il faut qu’une fille obéisse à son père,

dorine.

dorine.

MARIANE

DORINE

MARIANE

M ARIANE

DORINE

MARIANE

DORINE

LE TARTUFE

Voulût-il lui donner un singe pour époux.

Votre sort est fort beau : de quoi vous plaignez-vous Vous irez par le coche en sa petite ville,

Qu’en oncles et cousins vous trouverez fertile,

Et vous vous plairez fort à les entretenir.

D’abord chez le beau monde on vous fera venir. Vous irez visiter, pour votre bienvenue,

Madame la baillive et madame l’élue,

Qui d’un siège pliant vous feront honorer.

Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer Le bal et la grand’ bande, à savoir deux musettes, Et parfois Fagotin et les marionnettes;

Si pourtant votre époux...

mariane. Ah! tu me fais mourir.

De tes conseils plutôt songe à me secourir.

Je suis votre servante.

mariane. Eh! Dorine, de grâce...

Il faut, pour vous punir, que cette affaire passe.

Ma pauvre fille!

DORINE. Non.

mariane. Si mes vœux déclarés...

Point. Tartufe est votre homme, et vous en tâterez. Tu sais qu’à toi toujours je me suis confiée: Fais-moi...

dorine. Non, vous serez, ma foi! tartufiée.

Eh bien ! puisque mon sort ne sauroit t’émouvoir, Laisse-moi désormais toute à mon désespoir :

C’est de lui que mon cœur empruntera de l’aide,

Et je sais de mes maux l’infaillible remède.

{Mariane veut s’en aller.)

Eh! là, là, revenez. Je quitte mon courroux.

U faut, nonobstant tout, avoir pitié de vous. Vois-tu, si l’on m’expose à ce cruel martyre,

Je te le dis, Dorine, il faudra que j’expire.

Ne vous tourmentez point. On peut adroitement Empêcher... Mais voici Valère, votre amant.

Page 1