‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 120 sur 785 · ACTE 11, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE IV

valère, revenant encore. Vous me voyez, c’est pour toute ma vie mariane. A la bonne heure.

valère , se retournant lorsqu’il est prêt à sortir.

Eh?

MARIANE. Quoi?

valère. Ne m’appelez-vous pas?

mariane. Moi! Vous rêvez.

valère. Eh bien! je poursuis donc mes pas. Adieu, madame. [Il s’en va lentement. ) mariane. Adieu, monsieur.

dorine, à Mariane. Pour moi, je pense Que vous perdez l’esprit par cette extravagance;

Et je vous ai laissés tout du long quereller Pour voir où tout cela pourroit enfin aller.

Holà! seigneur Valère. [Elle arrête Valère par le bras.) valère, feignant de résister. Eh! que veux-tu, Dorine? dorine. Venez ici.

valère. Non, non, le dépit me domine.

Ne me détourne point de ce qu’elle a voulu. dorine. Arrêtez.

valère. Non, vois-tu, c’est un point résolu. dorine. Ah!

mariane, à part. Il souffre à me voir, ma présence le chasse;

Et je ferai bien mieux de lui quitter la place. dorine, quittant' Valère et courant après Mariane.

A l’autre! Où courez-vous?

mariane. Laisse.

dorine. Il faut revenir.

mariane. Non, non, Dorine; en vain tu veux me retenir. valère, h part. Je vois bien que ma vue est pour elle un supplice;

Et sans doute il vaut mieux que je l’en affranchisse. dorine, quittant Mariane et courant après Valère.

Encor! Diantre soit fait de vous, si je le veux.

Cessez ce badinage, et venez çà tous deux.

Elle prend Valère et Mariane par la main , et les ramène.) j valère, à Dorine. Mais quel est ton dessein?

mariane, à Dorine. Qu’est-ce que tu veux faire? dorine. Vous bien remettre ensemble et vous tirer d’affaire.

P* Valère.) Etes-vous fou d’avoir un pareil démêlé? valère. N’as-tu pas entendu comme elle m’a parlé? dorine, à Mariane.

Etes-vous folle, vous, de vous être emportée? mariane. N’as-tu pas vu la chose, et comme il m’a traitée?

132 LE TARTUFE

dorink. Sottise des deux parts. ( à Fa 1ère.) Elle n’a d’autre soin Que de se conserver à vous, j’en suis témoin.

(h Mariane.) Il n’aime que vous seule, et n’a point d’autre envie Que d’être votre époux; j’en réponds sur ma vie. mariane, Pourquoi donc me donner un semblable conseil?

v a i ère, à Mariane.

Pourquoi m’en demander sur un sujet pareil? noRiNE. Vous êtes fous tous deux. Ça, la main l’un et l’autre.

(à Valère.) Allons, vous.

vai.èrk , en donnant sa main à Dori ne.

A quoi bon ma main?

uorinf, à Mariane. Ah! c à, la vôtre.

mariane, en donnant aussi sa main.

De quoi sert tout cela?

dorine. Mon dieu! vite, avancez.

Vous vous aimez tous deux plus que vous ne pensez.

( Fa/ère et Mariane se tiennent (fuelque temps par la main sans se regarde, vai.ère, se tournant vers Mariane.

Mais 11e faites donc point les choses avec peine.

Page 1