ACTE III, SCÈNE Ml. Ml
Vous deviez, ce me semble, armer mieux votre sein.
Et raisonner un peu sur un pareil dessein.
Un dévot comme vous et que partout on nomme... a r ti ff. Ah! pour être dévot je n’en suis pas moins homme;
Et lorsqu’on vient à voir vos célestes appas ,
Un cœur se laisse prendre et ne raisonne pas.
Je sais qu’un tel discours de moi paroît étrange :
Mais, njadame, après tout, je ne suis pas un ange;
Et si vous condamnez l’aveu que je vous lais,
Vous devez vous en prendre à vos charmants attraits.
Dès que j’en vis briller la splendeur plus qu’humaine,
De mon intérieur vous fûtes souveraine;
De vos regards divins l’ineffable douceur Força la résistance où s’obstinpit mon cœur;
Elle surmonta tout, jeûnes, prières, larmes,
Et tourna tous mes vœux du côté de vos charmes.
Mes yeux et mes soupirs vous l’ont dit mille fois;
Et, pour mieux m’expliquer, j’emploie ici la voix.
Que si vous contemplez d’une ame un peu bénigne Les tribulations de votre esclave indigne;
S’il faut que vos bontés veuillent me consoler Et jusqu’à mon néant daignent se ravaler,
J’aurai toujours pour vous, ô suave merveille!
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard ,
Et n’a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles, .Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles; De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer;
Ils n’ont point de faveurs qu’ils n’aillent divulguer;
Et leur langue indiscrète, en qui l’on se confie.
Déshonore l’autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d’un feu discret,
Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.
J^e soin que nous prenons de notre renommée Répond de toute chose à la personne aimée;
Et c’est en nous qu’on trouve, acceptant notre cœur,
De l’amour sans scandale et du plaisir sans peur. ki m i r f . Je vous écoute dire; et votre rhétorique
En termes assez forts à mon ame s’explique. N’appréhendez-vous point que je ne sois d’humeui A dire à mon mari cette galante ardeur, lit ipie le prompt avis d’un amour de la sorti;
LE TARTUFE
Ne put bien altérer l’amitié qu’il vous porte? tartufe. Je sais que vous avez trop de bénignité,
Et que vous ferez grâce à ma témérité;
Que vous m’excuserez sur l’humaine foiblesse Des violents transports d’un amour qui vous blesse, Et considérerez, en regardant votre air,
Que l’on n’est pas aveugle et qu’un homme est de ch eumire. D’autres prendraient cela d’autre façon peut-être; Mais ma discrétion se veut faire paraître.
Je ne redirai point l’affaire à mon époux;
Mais je veux, en revanche, une chose de vous:
C’est de presser tout franc, et sans nulle chicane, L’union de Valère avecque Mariane,
De renoncer \ous-même à l’injuste pouvoir
Qui veut du bien d’un autre enrichir votre espoir;
Et...