‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 164 sur 785 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MERCURE , sur un nuage; LA INUIT, dans un char traîné dans l'air

par deux chevaux.

mercure. Tout beau! charmante Nuit, daignez vous arrêter.

Il est certain secours que de vous on desire;

Et j’ai deux mots à vous dire De la part de Jupiter.

la mjit. Ah! ah! c’est vous, seigneur Mercure!

Qui vous eût deviné là, dans cette posture? mercure. Ma foi! me trouvant las, pour ne pouvoir fournir Aux différents emplois où Jupiter m’engage,

Je me suis doucement assis sur ce nuage Pour vous attendre venir.

la nuit. Vous vous moquez, Mercure, et vous n’v songez pas: Sied-il bien à des dieux de dire qu’ils sont las? mercure. Les dieux sont-ils de 1er?

la nuit. Non; mais il faut sans cesse Garder le décorum de la divinité.

11 est de certains mots dont l’usage rabaisse Cette sublime qualité,

Et que, pour leur indignité,

Il est bon qu’aux hommes on laisse.

AMPHITRYON

mercure. A votre aise vous en parlez;

Et vous avez, la belle, une chaise roulante

Oii, par deux bons chevaux, en dame nonchalante,

Vous vous faites traîner partout où vous voulez.

Mais de moi ce n’est pas de même :

Et je ne puis vouloir, dans mon destin fatal,

Aux poètes assez de mal De leur impertinence extrême,

D’avoir, par une injuste loi Dont on veut maintenir l’usage,

A chaque dieu , dans son emploi ,

Donné quelque allure en partage,

Et de me laisser à pied , moi ,

Comme un messager de village;

Moi qui suis, comme on sait, en terre et dans les cieux, Le fameux messager du souverain des dieux;

Et qui, sans rien exagérer,

Par tous les emplois qu’il me donne ,

Aurois besoin, plus que personne,

D’avoir de quoi me voiturer.

i.a nuit. Que voulez-vous faire à cela?

Les poètes font à leur guise.

Ce n’est pas la seule sottise Qu’on voit faire à ces messieurs-là.

Mais contre eux toutefois votre ame à tort s’irrite,

Et vos ailes aux pieds sont un don de leurs soins. mercure. Oui; mais, pour aller plus vite,

Est-ce qu’on s’en lasse moins?

i,a nuit. Laissons cela, seigneur Mercure,

Et sachons ce dont il s’agit.

mercure. C’est Jupiter, comme je vous l’ai dit,

Qui de votre manteau veut la faveur obscure,

Pour certaine douce aventure Qu’un nouvel amour lui fournit.

Ses pratiques, je crois, ne vous sont pas nouvelles:

Bien souvent pour la terre il néglige les cieux;

Et vous n’ignorez pas que ce maître des dieux Aime à s’humaniser pour des beautés mortelles,

Et sait cent tours ingénieux Pour mettre à bout les plus cruelles.

Des yeux d’Alcmène il a senti les coups;

Et, tandis qu’au milieu des béotiques plaines Amphitryon, son époux,

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