‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 169 sur 785 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

sosie, à ]>nrt. Cet homme assurément n’aime pas la musique. mercure. Depuis plus d’une semaine

. Je n’ai trouvé personne à qui rompre les os;

La vigueur de mon bras se perd dans le repos;

Et je cherche quelque dos Pour me remettre en haleine.

sosie, à part. Quel diable d’homme est ceci?

De mortelles frayeurs je sens mon ame atteinte.

Mais pourquoi trembler tant aussi?

Peut-être a-t-il dans l’ame autant que moi de crainte, Et que le drôle parle ainsi Pour me cacher sa peur sous une audace feinte.

Oui, oui, ne souffrons point qu’on nous croie un oison : Si je ne suis hardi, tâchons de le paroître.

Faisons-nous du cœur par raison :

Il est seul comme moi; je suis fort, j’ai bon maître,

Et voilà notre maison.

mercure. Qui va là?

sosie. Moi.

mercure. Qui, moi?

( à part.)

sosie. Moi. Courage, Sosie.

mercure. Quel est ton sort? dis-moi.

sosie. D’être homme et de parler.

mercure. Es-tu maître ou valet?

sosie. Comme il me prend envie.

mercure. Où s’adressent tes pas?

sosie. Où j’ai dessein d’aller.

mercure. Ah! ceci me déplaît.

sosie. J’en ai l’ame ravie.

mercure. Résolument , par force ou par amour,

Je veux savoir de toi, traître,

Ce que tu fais, d’où tu viens avant jour,

Où tu vas, à qui tu peux être.

sosie. Je fais le bien et le mal tour à tour;

Je viens de là, vais là; j’appartiens à mon maître. mercure. Tu montres de l’esprit; et je te vois en train

De trancher avec moi de l’homme d’importance.

Il me prend un désir, pour faire connoissance,

De te donner un soufflet de ma main.

sosie. A moi-même?

mercure. A toi-même, et t’en voilà certain.

(. Mercure donne un soufflet h Sosie.)

AMPHITRYON

sosie. Ah! ah! c’est tout de bon.

mercuuh. Non, ce n’est que poiu Et répondre à tes quolibets.

sosie. Tudieu! l’ami, sans vous rien dire,

Comme vous baillez des soufflets!

mercure. Ce sont là de mes moindres coups,

. De petits soufflets ordinaires.

sosie. Si j’étois aussi prompt que vous,

Nous ferions de belles affaires.

mercure. Tout cela n’est encor rien.

Nous verrons bien autre chose;

Pour y faire quelque pause,

Poursuivons notre entretien.

sosie. Je quitte la partie.

[Sosie veut s'en aller.) mercure, arrêtant Sosie. Où vas-tu?

sosie. Que t’importe?

mercure. Je veux savoir où tu vas.

sosie. Me faire ouvrir cette porte.

Pourquoi retiens-tu mes pas?

mercure. Si jusqu’à l’approcher tu pousses ton audace,

Je fais sur toi pleuvoir un orage de coups. sosie. Quoi! tu veux, par ta menace,

M’empêcher d’entrer chez nous?

mercure. Comment! chez nous?

sosie. Oui, chez nous.

mercure. O le traître Tu te dis de cette maison?

sosie. Fort bien. Amphitryon n’en est-il pas le maître?

mercure. Eh bien! que fait cette raison? sosie. Je suis son valet.

MERCURE. Toi?

sosie. Moi.

mercure. Son valet?

sosie. Sans doute.

mercure. Valet d’ Amphitryon?

sosie. D’Amphitrvon, de lui.

mercure. Ton nom est?...

sosie. Sosie.

mercure. Euh! comment?

sosie. Sosie.

MERCURE. Ecoule

Sais-tu que de ma main je t’assomme aujourd’hui

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