‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 178 sur 785 · AMPHITRYON, SOSIE · texte numérisé non relu

AMPHITRYON, SOSIE

amphitryon. Viens-çà, bourreau, viens-çà. Sais-tu, maître fripon Qu’à te faire assommer ton discours peut suffire,

Et que, pour te traiter comme je le desire,

Mon courroux n’attend qu’un bâton?

sosie. Si vous le prenez sur ce ton,

Monsieur, je n’ai plus rien à dire;

Et vous aurez toujours raison.

amphitryon. Quoi! tu veux me donner pour des vérités, traître! Des contes que je vois d’extravagance outrés? sosie. Non : je suis le valet et vous êtes le maître;

Il n’en sera, monsieur, que ce que vous voudrez. amphitryon. Çà, je veux étouffer le courroux qui m’enflamme,

Et tout du long t’ouïr sur ta commission.

Il faut, avant que voir ma femme,

Que je débrouille ici cette confusion.

• Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton ame.

Et réponds mot pour mot à chaque question. sosie. Mais de peur d’incongruité,

Dites-moi, de grâce, à l’avance,

De quel air il vous plaît que ceci soit traité.

Parlerai-je, monsieur, selon ma conscience,

Ou comme auprès des grands on le voit usité?

Faut-il dire la vérité,

Ou bien user de complaisance?

a m i'hituyon. Non; je ne te veux obliger

Qu’à me rendre de tout un compte fort sincère. sosie. Bon. C’est assez, laissez-moi faire;

Vous n’avez qu’à m’interroger.

ami iiitryon. Sur l'ordre que tantôt je t’avois su prescrire... sosie. Je suis parti, les cieux d’un noir crêpe voilés,

Pestant fort contre vous dans ce fâcheux martyre,

Et maudissant vingt fois l’ordre dont vous parlez. amphitryon. Comment, coquin!

sosie. Monsieur, vous n’avez rien qu’à dire; Je mentirai si vous voulez.

amphitryon. Voilà comme un valet montre pour nous du zèle! Passons. Sur les chemins que t’est-il arri\é? sosie. D’avoir une frayeur mortelle

Au moindre objet que j’ai trouvé.

amphitryon. Poltron!

sosie. En nous formant, nature a ses caprices;

Divers penchants en nous elle fait observer:

Les uns à s’exposer trouvent mille délices;

Moi, j’en trouve à me conserver.

amphitryon. Arrivant au logis...

sosie. J’ai, devant notre porte,

En moi-mème voulu répéter un petit,

Sur quel ton et de quelle sorte,

Je ferois du combat le glorieux récit.

AMiiimudN. Ensuite?

sosie. Un m’est venu troubler et mettre en peine. AMriirnuox. Et qui?

sosie. Sosie; un moi de vos ordres jaloux,

Que vous avez du port envoyé vers Alcmène,

Et qui de nos secrets a connoissauce pleine, Comme le moi qui parle à vous.

amphiiiudn. Quels contes!

sosie. Non, monsieur, c’est la vérité pure: Ce moi, plus tôt que moi, s’est au logis trouvé’;

Et j’étois venu , je vous jure,

Avant que je fusse arrivé.

ami uitryon. D’où peut procéder, je te prie,

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