ACTE 11, SCÈNE
Et que, m’ayant quittée il la pointe du jour,
Je ne vois pas qu’à ce soudain retour Ma surprise soit si coupable.
amphitryon. Est-ce (pie du retour que j’ai précipité,
Un songe, cette nuit, Alcmène, dans votre ame A prévenu la vérité;
Et que, m’ayant peut-être en dormant bien traité, Votre cœur se croit vers ma flamme Assez amplement acquitté?
alcmène. Est-ce qu’une vapeur, par sa malignité, Amphitryon, a dans votre ame Du retour d’hier au soir brouillé la vérité?
Et que, du doux accueil duquel je m’acquittai Votre cœur prétend à ma flamme Ravir toute l’honnêteté?
amphitryon. Cette vapeur dont vous me régalez
Est un peu, ce me semble, étrange.
alcmène. C’est ce qu’on peut donner pour change Au songe dont vous me parlez.
amphitryon. A moins d’un songe on ne peut pas, sans doute. Excuser ce qu’ici votre bouche me dit.
alcmène. A moins d’une vapeur qui vous trouble l’esprit,
On ne peut pas sauver ce que de vous j’écoute. amphitryon. Laissons un peu cette vapeur, Alcmène.
alcmène. Laissons un peu ce songe, Amphitryon. amphitryon. Sur le sujet dont il est question,
Il n’est guère de jeu que trop loin on ne mène. alcmène. Sans doute; et pour marque certaine,
Je commence à sentir un peu d’émotion.
amphitryon. Est-ce donc que par là vous voulez essayer
A réparer l'accueil dont je vous ai fait plainte? alcmène. Est-ce donc que par cette feinte Vous désirez vous égayer?
amphitryon. Ah! de grâce, cessons, Alcmène, je vous prie,
Et parlons sérieusement.
alcmène. Amphitryon, c’est trop pousser l’amusement; Finissons cette raillerie.
amphitryon. Quoi! vous osez me soutenir en face
Que plus tôt qu’à cette heure on m’ait ici pu voir? alcmène. Quoi! vous voulez nier avec audace
Que dès hier en ces lieux vous vîntes sur le soir? amphitryon. Moi! je vins hier?
amphitryon. Sans doute; et dès devant l’aurore
‘208 AMPHITRYON
Vous vous en êtes retourné.
AMPHITRYON, Cl part.
Ciel! un pareil débat s’est-il pu voir encore?
Et qui de tout ceci ne scroit étonné?
Sosie.
sosie. Elle a besoin de six grains d’ellébore; Monsieur, son esprit est tourné.
amphitryon. Alcmène, au nom de tous les dieux,
Ce discours a d’étranges suites!
Reprenez vos sens un peu mieux ,
Et pensez à ce que vous dites.
alcmène. J’y pense mûrement aussi;
Et tous ceux du logis ont vu votre arrivée.
J’ignore quel motif vous fait agir ainsi;
Mais si la chose avoit besoin d’être prouvée,
S’il étoit vrai qu’on pût ne s’en souvenir pas,
De qui puis-je tenir, que de vous, la nouvelle Du dernier de tous vos combats ,
Et les cinq diamants que portait Ptérélas,
Qu’a fait dans la nuit éternelle Tomber l’effort de votre bras?
En pourroit-on vouloir un plus sûr témoignage? amphitryon. Quoi! je vous ai déjà donné
Le nœud de diamants que j’eus pour mon partage, Et que je vous ai destiné?
alcmène. Assurément. Il n’est pas difficile De vous en bien convaincre.
amphitryon. Et comment?
alcmène, montrant le nœud de diamants à sa ceinture. Le voici.
AMPHITRYON. Sosie?
sosie , tirant de sa poche un coffret.
Elle se moque, et je le tiens ici;
Monsieur, la feinte est inutile.
amphitryon, regardant le coffret.
Le cachet est entier.
alcmène, présentant à Amphitryon le nœud de diamants.
Est-ce une vision?
Tenez. Trouverez- vous cette preuve assez forte? amphitryon. Ah! ciel! ô juste ciel!
alcmène. Allez, Amphitryon,
Vous vous moquez d’en user de la sorte;
Et vous en devriez avoir confusion.
amphitryon. Romps vite ce cachet.