‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 214 sur 785 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GEORGE DANDIN

Ah ! qu’une femme demoiselle est une étrange affaire ! et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les paysans qui veulent s’élever au-dessus de leur condition, et s’allier, comme j’ai fait, à la maison d’un gentilhomme! La noblesse de soi est bonne; c’est une chose considérable, assurément, mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu’il est très-bon de ne s’y point frotter. Je suis devenu là-dessus savant à mes dépens, et connois le style des nobles, lorsqu’ils nous font, nous autres, entrer dans leur famille. L’alliance qu’ils font est petite avec nos personnes. C’est notre bien seul qu’ils épousent; et j’aurois bien mieux fait, tout riche que je suis, de m’allier en bonne et franche paysannerie, que de prendre une femme qui se tient au-dessus de moi, s’offense de porter mon nom, et pense qu’avec tout mon bien, je n’ai pas assez acheté la qualité de son mari. George Dandin ! George Dandin, vous avez fait une sottise, la plus grande du monde. Ma maison m’est effroyable maintenant, et je n’y rentre point sans y trouver quelque chagrin.

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