SCÈNE
GEORGE DANDIN, seul
Eh bien ! George Dandin, vous voyez de quel air votre femme vous traite. Voilà ce que c’est que d’avoir voulu épouser une demoiselle. L’on vous accommode de toutes pièces sans que vous puissiez vous venger, et la gentilhommerie vous tient les bras liés. L’égalité de condition laisse du moins à l’honneur d’un mari liberté de ressentiment, et si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées franches à vous en faire la justice à bons coups de bâton. Mais vous avez voulu tâter de la noblesse, et il vous ennuyoit d’être maître chez vous. Ah! j’enrage de tout mon cœur, et je me donnerois volontiers des soufflets. Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et y promettre en même temps de la correspondance ! Morbleu ! je ne veux point laisser passer une occasion de la sorte. Il me faut, de ce pas, aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les rendre témoins, à telle fin que de raison, des sujets de chagrin et de ressentiment que leur fille me donne. Mais les voici l’un et l’autre fort à propos.