ACTE 111, SCÈNE VUE
que vous devez pardonner à mon âge, des emportements de jeune personne qui n’a encore rien vu, et ne fait, que d’entrer au monde; des libertés où l’on s’abandonne sans y penser de mal, et qui, sans doute, dans le fond, n’ont rien de...
george d andin. Oui : vous le dites, et ce sont des choses qui ont besoin qu’on les croie pieusement.
Angélique. Je ne veux point m’excuser par là d’ctre coupable envers vous, et je vous prie seulement d’oublier une offense dont je vous demande pardon de tout mon cœur; et de m’épargner, en cette rencontre, le déplaisir que me pourroient causer les reproches fâcheux de mon père et de ma mère. Si vous m’accordez généreusement la grâce que je vous demande, ce procédé obligeant, cette bonté que vous me ferez voir, me gagnera entièrement; elle touchera tout-à-fait mon cœur, et y fera naître pour vous ce que tout le pouvoir de mes parents et les liens du mariage n’avoient pu v jeter. En un mot, elle sera cause que je renoncerai à toutes les galanteries, et n’aurai de rattachement que pour vous. Oui, je vous donne ma parole que vous m’allez voir désormais la meilleure femme du monde, et que je vous témoignerai tant d’amitié, tant d’amitié, que vous en serez satisfait.
george dandin. Ah! crocodile , qui flatte les gens pour les étrangler! angélique. Accordez-moi cette faveur.
george dandin. Point d’affaires. Je suis inexorable. angélique. Montrez-vous généreux.
GEORGE DANDIN. Noil.
angélique. De grâce !
GEORGE DANDIN. Point.
angélique. Je vous en conjure de tout mon cœur.
george dandin. Non , non , non. Je veux qu’on soit détrompé de vous, et que votre confusion éclate.
angélique. Hé bien ! si vous me réduisez au désespoir, je vous avertis qu’une femme en cet état est capable de tout, et que je ferai quelque chose ici dont vous vous repentirez.
george dandin. Hé! que ferez-vous, s’il vous plaît? angélique. Mon cœur se portera jusqu’aux extrêmes résolutions; et, de ce couteau que voici, je me tuerai sur la place. george dandin. Ah ! ah ! A la bonne heure.
angélique. Pas tant à la bonne heure pour vous que vous vous imaginez. On sait de tous côtés nos différends, et les chagrins perpétuels que vous concevez contre moi. Lorsqu’on me trouvera morte , il n’y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m’aurez tuée; et mes parents ne sont pas gens, assurément, à laisser cette mort impunie, et ils en feront sur votre personne toute la punition que leur