‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 272 sur 785 · ACTE I, SCÈNE NI. 50ô · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE NI. 50ô

la flèche, à part. Je n’ai rien vu de si méchant que ce maudit vieillard ;

et je pense, sauf correction , qu’il a le diable au corps. harpagon. Tu murmures entre tes dents?

la flèche. Pourquoi me chassez-vous?

harpagon. C’est bien à toi, pendard, à me demander des raisons! Sors vite que je ne t’assomme.

i.a flèche. Qu’est-cc que je vous ai fait? harpagon. Tu m’as fait que je veux que tu sortes. la flèche. Mon maître, votre fils m’a donné ordre de l’attendre. harpagon. Va-t’cn l’attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison , planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe, et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître dont les. yeux maudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furettent de tous côtés pour voir s’il n’y a rien à voler.

i.a flèche. Comment diantre voulez- vous qu’on fasse pour vous voler? Etes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses, et faites sentinelle jour et nuit?

harpagon. Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire sentinelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards, qui prennent garde à ce qu’on fait? {bas, à part.) Je tremble qu’il n’ait soupçonné quelque chose de mon argent, {haut.) Ne serois-tu point homme à faire courir le bruit que j’ai chez moi de l’argent caché? LA flèche. Vous avez de l’argent caché?

harpagon. Non, coquin , je ne dis pas cela, {bas.) J’enrage, {haut.) Je demande si, malicieusement, tu n’irois jioint faire courir le bruit que j’en ai.

la flèche. Hé! que nous importe que vous en ayez, ou que vous n’en ayez pas, si c’est pour nous la même chose? harpagon , levant la main pour donner un soufjlet à La Flèche. Tu fais le raisonneur! Je te baillerai de ce raisonnement-ci par les oreilles. Sors d’ici, encore une fois.

i.a flèche. Hé bien ! je sors.

harpagon. Attends : ne m’emportes-tu rien? la flèche. Que vous emporterois-je ?

harpagon. Tiens, viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains. la flèche. Les voilà.

harpagon. Les autres.

la flèche. Les autres?

HARPAGON. Oui.

LA flèche. Les voilà.

harpagon, montrant les hauts-de-chausses de La Flèche. N’as-tu rien mis ici dedans?

i,a flèche. Voyez vous-même.

harpagon, tdlant le bas des chausses de La Flèche. Ces grands hauts-de-

chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu’on dérobe;

et je voudrais qu’on en eût fait pendre quelqu un. la flèche, à part. Ali! qu’un homme comme cela moi itérait bien ce quil craint! et que j’aurais de joie à le voler!

HARPAGON. Euh ?

la flèche. Quoi?

harpagon. Qu’est-ce que tu parles de voler ?

la flèche. Je vous dis que vous fouilliez bien partout, pour voir si je \ous ai volé.

harpagon. C’est ce que je veux faire.

( Harpagon fouille dans les poches de La Flèche.)

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