‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 283 sur 785 · CLÉ ANTE, LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

CLÉ ANTE, LA FLÈCHE

cléante. Ali! traître que tu es, où t’es-tu donc allé fourrer? Ne t’avois-je pas donné ordre...

i.a flèche. Oui, monsieur, et je m’étois rendu ici pour vous attendre de pied ferme; mais monsieur votre père, le plus mal gracieux des hommes, m’a chassé dehors malgré moi, et j’ai couru risque d’être battu.

cléante. Comment va notre affaire? Les choses pressent plus que jamais; et depuis que je t’ai vu, j’ai découvert que mon père est mon rival.

la flèche. Votre père amoureux?

cléante. Oui ; et j’ai eu toutes les peines du monde à lui cacher le trouble où cette nouvelle m’a mis.

i.a flèche. Lui, se mêler d’aimer! De quoi diable s’avise-t-il? Se moquet-il du monde? Et l’amour a-t-il été fait pour des gens bâtis comme lui?

cléante. 11 a fallu, pour mes péchés, que cette passion lui soit venue en tète.

la flèche. Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour?

cléante. Pour lui donner moins de soupçon, et me conserver, au besoin, des ouvertures plus aisées pour détourner ce mariage. Quelle réponse t’a-t-on faite?

la flèche. Ma foi , monsieur, ceux qui empruntent sont bien malheureux, et il faut essuyer d’étranges choses lorsqu’on *en est réduit à passer, comme vous , par les mains des fesse-mathieux. cléante. L’affaire ne se fera point?

la flèche. Pardonnez-moi. Notre maître Simon, le courtier qu’on nous a donné, homme agissant et plein de zèle, dit qu’il a fait rage pour vous, et il assure que votre seule physionomie lui a gagné le cœur. cléante. J’aurai les quinze mille francs que je demande? la flèche. Oui, mais à quelques petites conditions qu’il faudra que vous acceptiez, si vous avez dessein que les choses se fassent. cléante. T’a-t-il fait parler à celui qui doit prêter l’argent? la flèche. Ah! vraiment, cela ne va pas de la sorte. Il apporte encore plus de soin à se cacher que vous, et ce sont des mystères bien plus grands que vous ne pensez. On ne veut point du tout dire son nom ; et l’on doit aujourd’hui l’aboucher avec vous dans une maison empruntée, pour être instruit par votre bouche de votre bien et de votre famille; et je ne doute point que le seul nom de votre père ne rende les choses faciles.

cléante. Et principalement notre mère étant morte, dont on ne peut m’ôter le bien.

la flèche. Voici quelques articles qu’il a dictés lui-même à notre entremetteur, pour vous être montrés avant que de rien faire :

Supposé que le préteur voie toutes ses sûretés, et que V emprunteur soit majeur, et dé une famille où le bien soit ample, solide , assuré, clair et net de tout embarras , on fera une bonne et exacte obligation par-devant un notaire, le plus honnête homme qu’il se pourra , et qui, pour cet effet, sera choisi par le préteur , auquel il importe le plus que l’acte soit dûment dressé.

cléante. Il n’y a rien à dire à cela.

la FLÈcnE. Le préteur, pour ne charger sa conscience d’aucun scrupule , prétend ne donner son argent qu’au denier dix-huit. cléante. Au denier dix-huit? Parbleu! voilà qui est honnête. Il n’y a pas lieu de se plaindre.

la flèche. Cela est vrai.

Mais comme ledit préteur n a pas chez lui la somme dont il est question, et que , pour faire plaisir à l’emprunteur, il est contraint lui-même de l emprunter cl’un autre sur le pied du denier cinq , il conviendra que ledit premier emprunteur paie cet intérêt, sans pré-

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