ACTE IV, SCENE I
cléante. Tu as raison.
frosine. Oui, j’ai raison ; je le sais bien. C’est là ce qu’il faudroit; mais le diantre est d’en pouvoir trouver lc.s moyens. Attendez : si nous avions quelque femme un peu sur l’âge, qui fût de montaient et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen d’un train fait à la hâte et d’un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse, que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j’aurois assez d’adresse pour faire accroire à votre père que ce seroit Une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant; qu’elle seroit éperdument amoureuse de lui, et souhaiterait de se voir sa femme , jusqu’à lui donner tout son bien par contrat de mariage ; et je ne doute point qu’il ne prêtât l’oreille à la proposition. Car enfin, il vous aime fort, je lésais; mais il aime un peu. plus l’argent; et quand, ébloui de ce leurre, il auroit une fois consenti à ce qui vous touche, il importeroit peu ensuite qu’il se désabusât en venant à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.
cléante. Tout cela est fort bien pensé.
frosine. Laissez-moi faire. Je viens de me ressouvenir d’une de mes amies qui sera notre fait.
cléante. Sois assurée, Frosine, de ma reconnoissancè , si tu viens à bout de la chose. Mais, charmante Mariane, commençons, j,e vous prie, par gagner votre mère ; c’est toujours beaucoup faire' que de rompre ce mariage. Faites-y de votre part, je vous en conjure , tous les efforts qu’il vous sera possible. Servez-vous de tout le pouvoir que vous donne sur elle cette amitié qu’elle a pour vous. Déployez sans réserve les grâces éloquentes , les charmes tout-puissants que le Ciel a placés dans vos yeux et dans votre bouche ; et n’oubliez rien , s’il vous plaît , de ces tendres paroles , de ces douces prières et de ces caresses touchantes à qui je suis persuadé qu’on ne sauroit rien refuser. mariane. J’y ferai tout ce que je puis , et n’oublierai aucune chose.