‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 327 sur 785 · ACTE V, SCÈNE V. 5C · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. 5C

montrant Valère.) Chargez-le comme il faut, monsieur, et rendez les choses bien criminelles.

valère. Je ne vois pas quel crime on me peut faire de la passion que j’ai pour votre fille , et le supplice où vous croyez que je puisse être condamné pour notre engagement, lorsqu’on saura ce que je suis... harpagon. Je me moque de tous ces contes; et le monde aujourd hui n est plein que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs qui tirent avantage de leur obscurité, et s’habillent insolemment du premier nom illustre qu’ils s’avisent de prendre. valère. Sachez que j’ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi , et que tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.

anselme. Tout beau ! prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez, et vous parlez devant un homme a qui tout Naples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l’histoire que vous ferez.

valère, en mettant fièrement son chapeau. Je ne suis point homme a rien craindre ; et si Naples vous est connu, vous savez qui étoit don 1 bornas d’Alburci.

anselme. Sans doute , je le sais ; et peu de gens l’ont connu mieux que moi. harpagon. Je ne me soucie ni de don Thomas ni de don Martin.

[Harpagon , voyant deux chandelles allumées , en souffle une.) anselme. De grâce, laissez-le parler; nous verrons ce qu il en veut dire. valère. Je veux dire que c’est lui qui m’a donné le jour.

ANSELME. Lui !

valère. Oui.

anselme. Allez, vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire qui vous puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.

valère. Songez à mieux parler. Ce n’est point une imposture, et je n’avance rien qu’il ne me soit aisé de justifier. anselme. Quoi ! vous osez vous dire fils de don Thomas d’Alburci ? valère. Oui, je l’ose, et suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.

anselme. L’audace est merveilleuse! Apprenez, pour vous confondre, qu’il y a seize ans pour le moins, que l’homme dont vous nous parlez périt sur mer avec ses enfants et sa femme, en voulant dérober leur vie aux cruelles persécutions qui ont accompagné les désordres de Naples, et qui en firent exiler plusieurs nobles familles. valère. Oui; mais apprenez , pour vous confondre, vous, que son fils, âgé de sept ans, avec un domestique, fut sauvé de ce naufrage par un v.aisseau espagnol, et que ce fils sauvé est celui qui vous parle. Apprenez que le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit

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