ACTE I, SCÈNE XI
pair, numéro Veus impare gaudet ; de prendre le lait clair avant le bain ; de lui composer un fronteau où il entre du sel, le sel est symbole de la sagesse ; de faire blanchir les murailles de sa chambre , pour dissiper les ténèbres de ses esprits , album est disgregatimm visüs ; et de lui donner tout à l’heure un petit lavement, pour servir de prélude et d’introduction à ces judicieux remèdes , dont, s’il a a guérir , il doit recevoir du soulagement. Fasse le ciel que ces remèdes, monsieur, qui sont les vôtres, réussissent au malade selon notre intention ! monsieur de pourceaugnac. Messieurs, il y a une heure que je vous écoute.
Est-ce que nous jouons ici une comédie? premier médecin. Non , monsieur, nous ne jouons point. monsieur de pourceaugnac. Qu’est-ce que tout ceci? et que voulez-vous dire avec votre galimatias et vos sottises? premier médecin. Bon! dire des injures! Voilà un diagnostique qui nous manquoitpour la confirmation de son mal ; et ceci pourroitbien tourner en manie.
monsieur de pourceaugnac, à part. Avec qui m’a-t-on mis ici?
(Il crache deux ou trois fois.)
premier médecin. Autre diagnostique : la sputation fréquente. monsieur df. pourceaugnac. Laissons cela , et sortons d’ici. premier médecin. Autre encore : l’inquiétude de changer de place. monsieur de pourceaugnac. Qu'est-ce donc cpie toute cette affaire? et que me voulez- vous?
premier médecin. Vous guérir, selon l’ordre qui nous a été donné.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC. Me gllél'il’?
PREMIER MÉDECIN. Olfi.
monsieur de pourceaugnac. Parbleu ! je ne suis pas malade.
premier médecin. Mauvais signe, lorsqu’un malade ne sent pas son mal.
monsieur de pourceaugnac. Je vous dis que je me porte bien.
premier médecin. Nous savons mieux que vous comment vous vous portez ;
et nous sommes médecins qui voyons clair dans votre constitution. monsieur de pourceaugnac. Si vous êtes médecins, je n’ai que faire de vous ; et je me moque de la médecine.
premier médecin. Honi ! hom ! voici un homme plus fou que nous ne pensions.
monsieur de pourceaugnac. Mon père et ma mère n’ont jamais voulu de remèdes, et ils sont morts tous deux sans l’assistance des médecins. premier médecin. Je ne m’étonne pas s’ils ont engendré un fils qui est insensé. (au second me decin.) Allons , procédons à la curation; et, par la douceur exhilarante de l’harmonie, adoucissons, lénifions et accoisons l’aigreur de ses esprits, que je vois prêts à s’enflammer.
MONSIEUR DE POIJRCEAUGNAC ,