‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 434 sur 785 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

MONSIEUR JOURDAIN, UN MAITRE D’ARMES, LE MAITRE DE MUSIQUE, LEMAITRE A DANSER, UN LAQUAIS, tenant deux fleurets.

le maitre d’armes, après avoir pris les deux jleurets de la main du laquais , et en avoir présenté un à M. Jourdain. Allons, monsieur, la révérence. Votre corps droit. Un peu penché sur la cuisse gauche. Les jambes point tant écartées. Vos pieds sur une même ligne. Votre poignet a 1 opposite de votre hanche. La pointe de votre épée vis-à-vis de votre épaule. Le

i90 LE BOURGEOIS GENTILHOMME,

bras pas tout-ù-fait si étendu. La main gauche à la hauteur de l’œil. L’épaule gauche plus quartée. La tête droite. Le regard assuré. Avancez. Le corps ferme. Touchez-moi l’épée de quarte, et Achevez de même. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez de pied ferq^e. Un saut en arrière. Quand vous portez la botte, monsieur, il faut que l’épée parte la première, et que le corps soit bien effacé. Une , deux. Allons , touchez-moi l’épée de tierce, et achevez de même. Avancez. Le corps ferme. Avancez. Partez de là. Une, deux. Remettez-vous. Redoublez. Un saut en arrière. En garde , monsieur, en garde.

( Le maître d’armes lui pousse deux ou trois bottes en lui disant :

en garde.) *

MONSIEUR JOURDAIN. Hé!

i.i'. maître df. musique. Vous faites des merveilles.

ee maître d’armes. Je vous l’ai déjà dit , tout le secret des armes ne consiste qu’en deux choses , à donner et à ne point recevoir ; et , comme je vous lis voir l’autre jour par raison démonstrative, il est impossible que vous receviez, si vous savez détourner l’épée de votre ennemi de la ligne de votre corps; ce qui ne dépend seulement que d’un petit mouvement du poignet , ou en dedans , ou en dehors. « *

monsieur Jourdain. De cette façon donc, un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n’être point tué?

I.F. maître d’armes. Sans doute. N’en vîtes-vous pas la démonstration ?

MONSIEUR JOURDAIN. Oui.

le maître d’armes. Et c’est en quoi l’on voit de quelle considération nous autres nous devons être dans un état ; et combien la science des armes l’emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles , comme la danse, la musique, la...

le maître a danser. Tout beau , monsieur le tireur d’armes ; ne parlez de la danse qu’avec respect.

le maître de musique. Apprenez, je vous prie, à mieux traiter l’excellence de la musique.

le maître d’armes. Vous êtes de plaisantes gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne!

i.e maître de MUSIQUE. Voyez un peu l’homme d’importance!

le maître a danser. Voilà un plaisant animal, avec son plastron!

le maître d’armes. Mon petit maître à danser, je vous ferois danser comme il faut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferois chanter de la belle manière.

le maître a danser. Monsieur le batteur de fer, je vous apprendrai votre métier.

monsieur Jourdain, au maître h danser. Etes-vous fou, de l’aller quereller, lui qui entend la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative?

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