‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 467 sur 785 · SCÈNE rU'RMlKRE · texte numérisé non relu

SCÈNE rU'RMlKRE

1)0 R I M È N K , IM 0 N S l E U 11 JOURDAIN, D 0 R A N T E, TROTS MUSICIENS, UN LAQUAIS.

noRiMÈNK. Comment? Dorante ! voilà un repas tout-à-fait magnifique! monsieur jourhain. Vous vous moquez, madame, et je voudrois qu il fut plus digne de vous être offert.

(. Dorimène , M. Jourdain , Dorante , et les trois musiciens se mettent

à table.)

dorante. Monsieur Jourdain a raison, madame, de parler de la sorte, et il m’oblige de vous faire si bien les honneurs de chez lui. Je demeure d’accord avec lui que le repas n’est pas digne de vous. Comme c’est moi qui l’ai ordonné , et que je n’ai pas sur cette matière les lumières de nos amis, vous n’avez pas ici un repas fort savant, et vous y trouverez des incongruités de bonne chère, et des barbarismes de bon goiit. Si Damis s’en étoit mêlé, tout seroit dans les règles; il y auroit partout de l’élégance et de l’érudition , et il ne manqueroit pas de vous exagérer luimême toutes les pièces du repas qu’il vous donnerait, et de vous faire tomber d’accord de sa haute capacité dans la science des bons morceaux ; de vous parler d’un pain de rive à biseau doré, relevé de croûte partout, croquant tendrement sous la dent; d’un vin a sève veloutée, armé d’un vert qui n’est point trop commandant ; d’un carré

tic mouton gourmande de persil ; d’une loiige de veau de rivière, longue comme cela , blanche, délicate, et qui, sous les dents, est une vraie pâte d’amande; de perdrix relevées d’un fumet surprenant; et pour son opéra, d’une soupe à bouillon perlé, soutenue d’un jeune gros dindon cantonné de pigeonneaux, et couronné d’oignons blancs mariés avec la chicorée. Mais, pour moi , je vous avoue mon ignorance; et, comme monsieur Jourdain a fort bien dit, je voudrois que le repas fût plus digne de vous être offert.

dorimène. Je ne réponds à ce compliment, qu’en mangeant comme je fais.

monsieur Jourdain. Ali! que voilà de belles mains !

dorimène. Les mains sont médiocres , monsieur Jourdain; mais vous voulez parler du diamant, qui est fort beau.

monsieur Jourdain. Moi , madame , Dieu me garde d’en vouloir parler ; ce ne seroit pas agir en galant homme, et le diamant est fort peu de chose.

dorimène. Vous êtes bien dégoûté,

monsieur Jourdain. Vous avez trop débouté...

dorante, après avoir fait signe à M. Jourdain. Allons, qu’on donne du vin à monsieur Jourdain et à ces messieurs, qui nous feront la grâce de nous chanter un air à boire.

dorimène. C’est merveilleusement assaisonner la bonne chère, que d’v mêler la musique, et je me vois ici admirablèment régalée.

monsieur Jourdain. Madame , ce n’est pas...

dorante. Monsieur Jourdain, prêtons silence à Ces messieurs ; ce qu’ils nous diront vaudra mieux que tout ce que nous pourrions dire.

premier et second musiciens ensemble, lui verre à la main.

Un petit doigt, Philis , pour commencer le tour :

Ah! qu’un verre en vos mains a d’agréables charmes!

Vous et le vin vous vous prêtez des armes ,

Et je sens pour tous deux redoubler mon amour :

Entre lui , vous et moi , jurons, jurons, ma belle,

Une ardeur éternelle.

Ou’ en mouillant votre bouche il en reçoit d'attraits!

Et que l’on voit par lui votre bouche embellie !

Ah! l’un de l’autre ils me donnent envie,

Et de vous et de lui je m’enivre à longs traits.

Entre lui, vous et moi, jurons, jurons, ma belle,

Une ardeur éternelle.

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