‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 51 sur 785 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Qui peut d’elles à moi faire la différence...

Ah! leur rang de mon cœur ne viendra point à bout,

Et vos divins appas vous tiennent lieu de tout.

Je vous aime; il suffit, et dans votre personne Je vois rang, biens, trésors, états, sceptre, couronne;

Et des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,

Je n’y changerois pas le bien de vous avoir.

C’est une vérité toute sincère et pure,

Et pouvoir en douter est me faire une injure.

Eh bien! je crois, Myrtil, puisque vous le voulez,

Que vos vœux par leur rang ne sont point ébranlés,

Et que, bien qu’elles soient nobles, riches et belles, Votre cœur m’aime assez pour me mieux aimer qu’elles; Mais ce n’est pas l’amour dont vous suivrez la voix : Votre père, Myrtil, réglera votre choix,

Et de même qu’à vous je ne lui suis pas chère Pour préférer à tout une simple bergère.

Non, chère Mélicerte, il n’est, père ni dieux Qui me puissent forcer à quitter vos beaux yeux;

Et toujours de mes vœux reine comme vous êtes...

Ah! Myrtil, prenez garde à ce qu’ici vous faites:

N’allez point présenter un espoir à mon cœur,

Qu il recevroit peut-être avec trop de douceur,

Et qui tombant après comme un éclair qui passe,

Me rendroit plus cruel le coup de ma disgrâce.

Quoi! faut-il des serments appeler le secours Lorsque l’on vous promet de vous aimer toujours?

Que vous vous faites tort par de telles alarmes,

Et connoissez bien peu le pouvoir de vos charmes!

Eh bien! puisqu’il le faut, je jure par les dieux,

Et, si ce n est assez, je jure par vos yeux,

Qu’on me tuera plutôt que je vous abandonne. Recevez-en ici la foi que je vous donne,

Et souffrez que ma bouche, avec ravissement,

Sur cette belle main en signe le serment.

Ah! Myrtil, levez-vous, de peur qu’on ne nous voie. Est-il rien?... Mais, ô ciel! on vient troubler ma joie!

f.O MÉLICERTE,

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