‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 512 sur 785 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE ROI, PSYCHÉ, AGLAURE, CIDIPPE, LYCAS, suite

psyché. De vos larmes , seigneur, la source m’est bien chère ; Mais c’est trop aux bontés que vous avez pour moi ,

Que de laisser régner les tendresses de père Jusque dans les yeux d’un grand roi.

Ce qu’on vous voit ici donner à la nature ,

Au rang que vous tenez , seigneur, fait trop d’injure ;

Et j’ en dois refuser les touchantes faveurs.

Laissez moins sur votre sagesse Prendre d’empire à vos douleurs,

Et cessez d’honorer mon destin par des pleurs Qui dans le cœur d’un roi montrent de la foiblesse. le roi. Ah, ma fille ! à ces pleurs laisse mes yeux ouverts.

Mon deuil est raisonnable, encor qu’il soit extrême;

Et lorsque pour toujours on perd ce que je perds,

La sagesse, crois-moi, peut pleurer elle-même.

En vain l’orgueil du diadème Veut qu’on soit insensible à ces cruels revers ;

En vain de la raison les secours sont offerts

Pour vouloir d’un œil sec voir mourir ce qu’on aime;

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L’effort en est barbare aux yeux de l’univers,

Et c’est brutalité plus que vertu suprême.

Je ne veux point, dans cette adversité,

Parer mon cœur d’insensibilité ,

Et cacher l’ennui qui me touche.

Je renonce à la vanité De cette dureté farouche Que l’on appelle fermeté ;

Et , de quelque façon qu’on nomme Cette vive douleur dont je ressens les coups,

Je veux bien l’étaler, ma fille, aux yeux de tous,

Et dans le cœur d’un roi montrer le cœur d’un homme psyché . Je ne mérite pas cette grande douleur :

Opposez, opposez un peu de résistance Aux droits qu’elle prend sur un cœur Dont mille événements ont marqué la puissance.

Quoi! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur, A cette royale constance

Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur , Une fameuse expérience?

le roi. La constance est facile en mille occasions.

Toutes les révolutions Où nous peut exposer la fortune inhumaine,

La perte des grandeurs, les persécutions,

Le poison de l’envie, et les traits de la haine,

N’ont rien que ne puissent, sans peine ,

Braver les résolutions

D’une ame où la raison est un peu souveraine.

Mais ce qui porte des rigueurs A faire succomber les cœurs Sous le poids des douleurs amères ,

Ce sont, ce sont les rudes traits De ces fatalités sévères Qui nous enlèvent pour jamais Les personnes qui nous sont chères.

La raison, contre de tels coups,

N’offre point d’armes secourables;

Et voilà, des dieux en courroux,

Les foudres les plus redoutables Qui se puissent lancer sur nous.

psyché. Seigneur, une douceur ici vous est offerte :

Votre hymen a reçu plus d’un présent des dieux;

Et, par une faveur ouverte,

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