‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 538 sur 785 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Qu’aux plus cuisants chagrins ma flamme a condamne.

O ciel! quand l’Amour m’abandonne,

Pourquoi me laisse-t-il l’amour qu’il m’a donné?

Source de tous les biens, inépuisable et pure ,

Maître des hommes et des dieux,

Cher auteur des maux que j’endure,

Êtes-vous pour jamais disparu de mes yeux?

Je vous en ai banni moi-même :

Dans un excès d’amour, dans un bonheur extrême ,

D’un indigne soupçon mon cœur s’est alarmé :

Cœur ingrat! tu n’avois qu’un feu mal allumé ;

Et l’on ne peut vouloir, du moment que l’on aime,

Que ce que veut l’objet aimé.

Mourons , c’est le parti qui seul me reste à suivre ,

Après la perte que je fais.

Pour qui, grands dieux! voudrois-je vivre?

Et pour qui former des souhaits?

Fleuve, de qui les eaux baignent ces tristes sables , Ensevelis mon crime dans tes flots ;

Et, pour finir des maux si déplorables,

Laisse-moi dans ton lit assurer mon repos.

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