SCÈNE IV
L’ AMOUll, PSYCHÉ, évanouie.
l’amour. Voire péril T Psyché, dissipe ma colère,
Ou plutôt de mes feux l’ardeur n’a point cessé;
Et, bien qu’au dernier point vous m’ayez su déplaire, Je ne me suis intéressé Que contre celle de ma mère :
J’ai vu tous vos travaux , j’ai suivi vos malheurs;
Mes soupirs ont partout accompagné vos pleurs. Tournez les yeux vers moi ; je suis encor le même. Quoi ! je dis et redis tout haut que je vous aime ,
Et vous ne dites point, Psyché, que vous m’aimez! Est-ce que pour jamais vos beaux yeux sont fermés, Qu’à jamais la clarté leur vient d’ctre ravie?
O Mort! devois-tu prendre un dard si criminel ,
Et, sans aucun respect pour mon être éternel , Attenter à ma propre vie!
Combien de fois , ingrate déité,
Ai-je grossi ton noir empire Par les mépris et par la cruauté D’une orgueilleuse ou farouche beauté!
Combien même, s’il le faut dire.
T’ai-je immolé de fidèles amants ,
A force de ravissements!
Va, je ne blesserai plus d’ames,
Je ne percerai plus de cœurs Qu’avec des dards trempés aux divines liqueurs ,
Qui nourrissent du ciel les immortelles flammes,
Et n’en lancerai plus que pour faire à tes yeux Autant d’amants, autant de dieux.
Et vous, impitoyable mère,
Qui la forcez à m’arracher Tout ce que j’avois de plus cher,
Craignez, à votre tour, l’effet de ma colère.
Vous me voulez faire la loi ,
Vous, qu’on voit si souvent la recevoir de moi;
Vous qui portez un cœur sensible comme un autre,
050 PSYCHÉ
Vous enviez au mien les délices du vôtre!
Mais dans ce même cœur j’enfoncerai des coups Qui ne seront suivis que de chagrins jaloux ;
Je vous accablerai de honteuses surprises,
Et choisirai partout, à vos vœux les plus doux , Des Adonis et des Anchises Qui n’auront que haine pour vous.