‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 552 sur 785 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JUPITER, VÉNUS, L’AMOUR, PSYCHÉ, évanouie.

l’amour. Vous, à qui seul tout est possible,

Père des dieux, souverain des mortels,

Fléchissez la rigueur d’une mère inflexible,

Qui, sans moi, n’auroit point d’autels.

J’ai pleuré, j’ai prié, je soupire, menace,

Et perds menaces et soupirs.

Elle ne veut pas voir que de mes déplaisirs Dépend du monde entier l’heureuse ou triste face;

Et que, si Psyché perd le jour,

Si Psyché n’est à moi , je ne suis plus l’Amour.

Oui, je romprai mon arc, je briserai mes flèches, J’éteindrai jusqu’à mon flambeau,

Je laisserai languir la Nature au tombeau;

Ou , si je daigne aux cœurs faire encor quelques brèche Avec ces pointes d’or qui me font obéir,

Je vous blesserai tous là-haut pour des mortelles,

Et ne décocherai sur elles Que des traits émoussés qui forcent à haïr,

Et qui ne font que des rebelles ,

Des ingrates et des cruelles.

Par quelle tyrannique loi,

Tiendrai-je à vous servir mes armes toujours prêtes,

Et vous ferai-je à tous conquêtes sur conquêtes,

Si vous me défendez d’en faire une pour moi? jupiter , à Vénus. Ma fille , sois-lui moins sévère ;

Tu tiens de sa Psyché le destin en tes mains.

La Parque, au moindre mot, va suivre ta colère.

Parle, et laisse-toi vaincre aux tendresses de mère,

Ou redoute un courroux que moi-même je crains.

Veux-tu donner le monde en proie A la haine, au désordre , à la confusion,

Et d’un dieu d’union ,

D’un dieu de douceurs et de joie ,

Faire un dieu d’amertume et de division ?

Considère ce que nous sommes,

Et si les passions doivent nous dominer.

Plus la vengeance a de quoi plaire aux hommes,

Plus il sied bien aux dieux de pardonner.

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