‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 634 sur 785 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

N’en frissonnez-vous point? et pouvez- vous , ma sœur , Aux suites (le ce mot résoudre votre cœur ?

Les suites de ce mot, quand je les envisage ,

Me font voir un mari , des enfants , un ménage ;

Et je ne vois rien là , si j’en puis raisonner ,

Qui blesse la pensée, et fasse frissonner.

De tels attachements , ô ciel ! sont pour vous plaire ?

Et qu’est-ce qu’à mon âge on a de mieux a faire Que d’attacher à soi , par le titre d’époux ,

Un homme qui vous aime, et soit aimé de vous ,

Et , de cette union de tendresse suivie ,

Se faire les douceurs d’une innocente vie?

Ce nœud bien assorti n’a-t-il pas des appas ?

Mon dieu , que votre esprit est d’un étage bas!

Que vous jouez au monde un petit personnage ,

De vous claquemurer aux choses du ménage ,

Et de n’entrevoir point de plaisirs plus touchants Qu’une idole d’époux , et des marmots d’enfants!

Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires , Les bas amusements de ces sortes d’affaires.

A de plus hauts objets élevez vos désirs ;

Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs ;

Et, traitant de mépris les sens et la matière ,

A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.

Vous avez notre mère en exemple à vos yeux ,

Que du nom de savante on honore en tous lieux ; Tâchez, ainsi que moi, de vous montrer sa fille ;

Aspirez aux clartés qui sont dans la famille ,

Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs Que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs.

Loin d’être aux lois d’un homme en esclave asservie, Mariez-vous , ma sœur, à la philosophie.

Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain ,

Et donne à la raison l’empire souverain ,

Soumettant à ses lois la partie animale ,

Dont l’appétit grossier aux bêtes nous ravale.

Ce sont là les beaux feux, les doux attachements Qui doivent de la vie occuper les moments ;

Et les soins où je vois tant de femmes sensibles Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.

Le ciel , dont nous voyons que l'ordre est tout-puissant , Pour différents emplois nous fabrique en naissant ;

Et tout esprit n’est pas composé d’une étoffe

22 bES femmes savantes,

Qui se trouve taillée à faire un philosophe.

Si le vôtre est né propre aux élévations Où montent des savants les spéculations,

Le mien est fait, ma sœur , pour aller terre-à-terre ,

Et dans les petits soins son foible se resserre.

Ne troublons point du ciel les justes règlements,

Et de nos deux instincts suivons les mouvements. Habitez, par l’essor d’un grand et beau genie,

Les hautes régions de la philosophie,

Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas ,

Goûtera de l’hymen les terrestres appas.

Ainsi , dans nos desseins l’une à l’autre contraire,

Nous saurons toutes deux imiter notre mère :

Vous, du côté de l’ame etdes nobles désirs ;

Moi, du côté des sens et des grossiers plaisirs ;

Vous, aux productions d’esprit et de lumière ;

Moi , dans celles, ma sœur, qui sont de la matière. ar. mande. Quand sur une personne on prétend se régler,

C est par les beaux côtés qu’il lui faut ressembler ;

Et ce n’est point du tout la prendre pour modèle,

Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle. h knr i f.ttf. . Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez Si ma mère n’eût eu que de ces beaux côtés;

Et bien vous prend, ma sœur, que son noble génie N’ait pas vaqué toujours à la philosophie.

De grâce , souffrez-moi , par un peu de bonté,

Des bassesses à qui vous devez la clarté.

Et ne supprimez point, voulant qu’on vous seconde, Quelque petit savant qui veut venir au monde. arm aniu:. Je vois que votre esprit ne peut être guéri Du fol entêtement de vous faire un mari;

Mais sachons, s’il vous plaît, qui vous songez à prendre. Votre visée, au moins , n’est pas mise à Clitandre ? itknr I ett k. Et par quelle raison n’y seroit-elle pas ?

Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit bas? a r m a n n f . Non ; mais c’est un dessein qui seroit malhonnête Que de vouloir d’un autre enlever la conquête;

Et ce n’est pas un fait dans le monde ignoré Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré. h kn m f.ttf.. Oui , mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines , Et vous ne tombez point aux bassesses humaines;

Votre esprit à l’hymen renonce pour toujours,

Et la philosophie a toutes vos amours.

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