CLITANDRE, ARMANDE, HENRIETTE
Henriette. Pour me tirer d’un doute où me jette ma sœur ,
Entre elle et moi, Clitandre, expliquez votre cœur; Découvrez-en le fond, et nous daignez apprendre Qui de nous à vos vœux est en droit de prétendre. \rmande. Non, non , je ne veux point à votre passion Imposer la rigueur d’une explication ;
Je ménage les gens, et sais comme embarrasse Le contraignant effort de ces aveux en face. clitandre. Non, madame, mon cœur, qui dissimule peu,
Ne sent nulle contrainte à faire un libre aveu.
Dans aucun embarras un tel pas ne me jette ;
Et j’avouerai tout haut, d’une ame franche et nette,
LES FEMMES SAVANTES
Que les tendres liens où je suis arrêté,
( montrant Henriette. ) Mon amour et mes vœux, sont tout de ce côté.
Qu’à nulle émotion cet aveu ne vous porte ;
Vous avez bien voulu les choses de la sorte.
Vos attraits m’avoient pris, et mes tendres soupirs Vous ont assez prouvé l’ardeur de mes désirs;
Mon cœur vous consacroit une flamme immortelle;
Mais vos yeux n’ont pas cru leur conquête assez belle; J’ai souffert sous leur joug cent mépris différents :
Ils régnoient sur mon aine en superbes tyrans;
Et je me suis cherché, lassé de tant de peines,
Des vainqueurs plus humains et de moins rudes chaînes.
( montrant Henriette. )
Je les ai rencontrés, madame, dans ces yeux,
Et leurs traits à jamais me seront précieux ;