‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 659 sur 785 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Faire entrer chaque secte , et n’en point épouser.

Je m’attache pour l’ordre au péripatétisme.

Pour les abstractions, j’aime le platonisme.

Épicure me plaît, et ses dogmes sont forts.

Je m’accommode assez , pour moi , des petits corps ; Mais le vide à souffrir me semble difficile ,

Et je goûte bien mieux la matière subtile.

Descartes , pour l’aimant , donne fort dans mon sens. J’aime ses tourbillons.

philaminte. Moi , ses mondes tombants.

Il me tarde de voir notre assemblée ouverte ,

Et de nous signaler par quelque découverte.

On en attend beaucoup de vos vives clartés ,

Et pour vous la nature a peu d’obscurités.

Pour moi, sans me flatter, j’en ai déjà fait une ;

Et j’ai vu clairement des hommes dans la lune.

Je n’ai point encor vu d’hommes, comme je crois;

Mais j’ai vu des clochers tout comme je vous vois.

Nous approfondirons, ainsi que la physique, Grammaire, histoire, vers, morale et politique.

La morale a des traits dont mon cœur est épris ;

Et c’étoit autrefois l’amour des grands esprits ;

Mais aux stoïciens je donne l’avantage,

Et je ne trouve rien de si beau que leur sage.

Pour la langue, on verra dans peu nos règlements,

Et nous y prétendons faire des remuements.

Par une antipathie, ou juste, ou naturelle,

Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots , soit ou verbes , ou noms , Que mutuellement nous nous abandonnons :

Contre eux nous préparons de mortelles sentences,

Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous ces mots divers,

Dont nous voulons purger et la prose et les vers.

Mais le plus beau projet de notre académie,

Une entreprise noble, et dont je suis ravie,

Un dessein plein de gloire , et qui sera vanté Chez tous les beaux-esprits delà postérité,

C’est le retranchement de ces syllabes sales,

Qui , dans les plus beaux mots , produisent des scandale Ces jouets éternels des sots de tous les temps ;

Ces fades lieux communs de nos méchants plaisants ;

Ces sources d’un amas d’équivoques infâmes ,

LES FEMMES SAVANTES

Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes. trissotin. Voilà certainement d’admirables projets!

rk i.i sk. Vous verrez nos statuts quand ils seront tous faits. trissotin. Ils ne sauraient manquer d’être tous beaux et sages. armande. Nous serons, par nos lois, les juges des ouvrages;

Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis : Nul n’aura de l’esprit, hors nous et nos amis.

Nous chercherons partout à trouver à redire,

Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire.

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