‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 66 sur 785 · HALI · texte numérisé non relu

HALI

adraste. Est-ce toi , Hali ?

h au. Et qui pourrcit-ce être que moi? A ces heures de nuit, hors vous et moi , monsieur, je ne crois pas que personne s’avise de courir maintenant les rues.

adraste. Aussi ne crois-je pas qu’on puisse voir personne qui sente dans son cœur la peine que je sens. Car enfin, ce n’est rien d’avoir à combattre l’indifférence ou les rigueurs d’une beauté qu’on aime, on a toujours au moins le plaisir de la plainte et la liberté des soupirs; mais ne pouvoir trouver aucune occasion de parler à ce qu’on adore, ne pouvoir savoir d’une belle si l’amour qu’inspirent ses yeux est pour lui plaire ou lui déplaire, c’est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes; et c’est où me réduit l’incommode jaloux qui veille, avec tant de souci, sur ma charmante Grecque et ne fait pas un pas sans la traîner à ses côtés.

hali. Mais il est en amour plusieurs façons de se parler; et il me semble, à moi , que vos yeux et les siens depuis près de deux mois se sont dit bien des choses.

adraste. Il est vrai qu’elle et moi souvent nous nous sommes parlé des yeux; mais comment reconnoître que, chacun de notre côté, nous ayons comme il faut expliqué ce langage? Et que sais-je, après tout, si elle entend bien tout ce que mes regards lui disent et si les siens me disent ce que je crois parfois entendre?

hali. Il faut chercher quelque moyen de se parler d’autre manière.

adraste. As-tu là tes musiciens ?

HALI. Oui.

adraste. Fais-les approcher, (seul.) Je veux jusques au jour les faire ici chanter, et voir si leur musique n’obligera point cette belle à paroître à quelque fenêtre.

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