LUCILE, MARINETTE
marinette. La résolution, madame, est assez prompte.
lucile. Un cœur ne pèse rien, alors que l’on l’affronte;
U court à sa vengeance, et saisit promptement Tout ce qu’il croit servir à son ressentiment.
Le traître ! faire voir cette insolence extrême ! marinette. Vous m’en voyez encor toute hors de moi-même;
Et quoique là-dessus je rumine sans fin,
L’aventure me passe, et j’y perds mon latin.
Car enfin, aux transports d’une bonne nouvelle Jamais cœur ne s’ouvrit d’une façon plus belle;
De l’écrit obligeant le sien tout transporté,
Ne me donnoit pas moins que de la déité;
Et cependant jamais, à cet autre message,
Fille ne fut traitée avecque tant d’outrage.
Je ne sais, pour causer de si grands changements,
Ce qui s’est pu passer entre ces courts moments. lucile. Rien ne s’est pu passer dont il faille être en peine, Puisque rien 11e le doit défendre de ma haine.
Quoi! tu voudrais chercher hors de sa lâcheté,
La secrette raison de cette indignité?
Cet écrit malheureux, dont mon ame .s’accuse,
Peut-il à son transport souffrir la moindre excuse? marinette. En effet; je comprends que vous avez raison,
Et que cette querelle est pure trahison.
Nous en tenons, madame: et puis, prêtons l’oreille Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille Qui, pour nous accrocher, feignent tant de langueur; Laissons à leurs beaux mots fondre notre rigueur; Rendons-nous à leurs vœux, trop foibles que nous sommes Foin de notre sottise, et peste soit des hommes! lucile. Eh bien! bien! qu’il s’en vante et rie à nos dépens,
Il n’aura pas sujet d’en triompher long-temps;
Et je lui ferai voir qu’en une ame bien faite Le mépris suit de près la faveur qu’on rejette. marinette. Au moins , en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux, Quand on sait qu’on n’a point d’avantage sur vous. Marinette eut bon nez, quoi qu’on en puisse dire,
1(»2 LL DÉPIT AMOUREUX
De ne permettre rien un soir qu’on vouloit rire. Quelque autre, sous espoir de matrimonion,
Auroit ouvert l’oreille à la tentation;
Mais moi, nescio vos.
lucile. Que tu dis de folies,
Et choisis mal ton temps pour de telles saillies!
Enfin je suis touchée au cœur sensiblement;
Et si jamais celui de ce perfide amant,
Par un coup de bonheur, dont j’aurois tort, je pense, De vouloir à présent concevoir l’espérance (Car le ciel a trop pris plaisir à m’affliger,
Pour me donner celui de me pouvoir venger);
Quand, dis-je, par un sort à mes désirs propice,
U reviendroit m’offrir sa vie en sacrifice,
Détester à mes pieds l’action d’aujourd’hui,
Je te défends, surtout, de me parler pour lui.
Au contraire, je veux que ton zèle s’exprime A me bien mettre aux yeux la grandeur de son crime Et même si mon cpeur étoit pour lui tenté De descendre jamais à quelque lâcheté,
Que ton affection me soit alors sévère,
Et tienne comme il faut la main à ma colère. mar i nette. Vraiment, n’ayez point peur, et laissez faire à nous; J’ai pour le moins autant de colère que vous;
Et je serois plutôt fille toute ma vie,
Que mon gros traître aussi me redonnât envie.
S’il vient...