SCÈNE IX
ALBERT, POLIDORE, ASCAGNE, LUCILE, ÉRASTE, VALÈRE, FROSINE, MARINETTE, GROS-RENÉ, MASCARILLE.
valère. Il ne le fera pas,
Quand il joindrait au sien encor vingt autres bras.
Je le plains de défendre une sœur criminelle;
Mais, puisque son erreur me veut faire querelle,
Nous le satisferons, et vous, mon brave, aussi. éuastr. Je prenois intérêt tantôt à tout ceci;
Mais enfin, comme Ascagne a pris sur lui l’affaire,
Je ne veux plus en prendre, et je le laisse faire. valèue. C’est bien fait; la prudence est toujours de saison. Mais...
ÉRASTE. Il saura pour tous vous mettre à la raison. valére. Lui?
tolidore. Ne t’y trompe pas; tu ne sais pas encore Quel étrange garçon est Ascagne.
albert. Il l’ignore;
Mais il pourra dans peu le lui faire savoir. valère. Sus donc, que maintenant il me le fasse voir. marinette. Aux yeux de tous?
gros-rené. Cela ne serait pas honnête.
valère. Se moque-t-on de moi? Je casserai la tête
A quelqu’un des rieurs. Enfin, voyons l’effet. ascagne. Non, non, je ne suis pas si méchant qu’on me fait;
LE DÉPIT AMOUREUX
Et, dans cette aventure où chacun m’intéresse,
Vous allez voir plutôt éclater ma foiblesse,
Connoître que le ciel, qui dispose de nous,
Ne me fit pas un cœur pour tenir contre vous,
Et qu’il vous réservoit pour victoire facile,
De finii le destin du frère de Lucile.
Oui, bien loin de vanter le pouvoir de mon bras, Ascagne va par vous recevoir le trépas :
Mais il veut bien mourir, si sa mort nécessaire Peut avoir maintenant de quoi vous satisfaire,
En vous donnant pour femme, en présence de tous, Celle qui justement ne peut être qu’à vous. valère. Non, quand toute la terre, après sa perfidie Et les traits effrontés...
ascagne. Ah! souffrez que je die, Valère, que le cœur qui vous est engagé D’aucun crime envers vous ne peut être chargé;
Sa flamme est toujours pure et sa constance extrême, Et j’en prends à témoin votre père lui-même. poLiDORE. Oui, mon fils, c’est assez rire de ta fureur.
Et je vois qu’il est temps de te tirer d’erreur.
Celle à qui par serment ton ame est attachée,
Sous l’habit que tu vois à tes yeux est cachée;
Un intérêt de bien, dès ses plus jeunes ans,
Fit ce déguisement qui trompe tant de gens,
Et, depuis peu, l’amour en a su faire un autre,
Qui t’abusa, joignant leur famille à la nôtre.
Ne va point regarder à tout le monde aux yeux.
Je te fais maintenant un discours sérieux.
Oui, c’est elle, en un mot, dont l’adresse subtile,
La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,
Et qui, par ce ressort qu’on ne comprenoit pas,
A semé parmi nous un si grand embarras.
Mais, puisque Ascagne ici fait place à Dorothée,
Il faut voir de vos feux toute imposture ôtée,
Et qu’un nœud plus sacré donne force au premier. ALBERT. Et c’est là justement ce combat singulier
Qui devoit envers nous réparer votre offense,
Et pour qui les édits n’ont point fait de défense. poLinoRE. Un tel événement rend tes esprits confus:
Mais en vain tu voudrois balancer là-dessus. valère. Non, non, je ne veux pas songer à m’en défendre;
Et si cette aventure a lieu de me surprendre,