‹ ŒuvresChapitre 149 sur 629 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

MADELON, CATIIOS, GORGIBUS.

coRGiiius. Il est bien nécessaire vraiment de faire tant de dépense pour vous graisser le museau! Dites-moi un peu ce que vous avez fait à ces messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur? Vous a vois-je pas commandé de les recevoir comme des personnes que je voidois vous donner pour maris?

madelon. Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là?

cathos. Le moyen, mon oncle, qu’une fdle un peu raisonnable se pût accommoder de leur personne?

gorgibus. Et qu’y trouvez-vous à redire?

madelon. La belle galanterie que la leur! Quoi! débuter d’abord par le mariage?

gorgibus. Et par où veux-tu donc qu’ils débutent? par le concubinage? N’est-ce pas un procédé dont vous avez sujet de vous louer toutes deux aussi bien que moi? Est -il rien de plus obligeant que cela? Et ce lien sacré où ils aspirent, n’est-il pas un témoignage de l’honnêteté de I cnrs intentions?

madelon. Ah! mon père, ce que vous dites là est du dernier bourgeois! Cela me fait honte de vous ouïr parler de la sorte, et vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air des choses.

gorcibus. Je n’ai que faire ni d’air, ni de chanson. Je te dis que le mariage est une chose sainte et sacrée, et que c’est faire en honnêtes gens que de débuter par-là.

madelon. Mon dieu ! que si tout le monde vous ressembloit, un roman scroit bientôt fini! La belle chose que ce seroit, si d’abord Cyrus épousoit Mandane, et qu’Aronce de plain-pied fût marié à Clélio !

gorcibus. Que me vient conter celle-ci?

madelon. Mon père, voilà ma cousine qui vous dira aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver qu’après les autres aventures. Il faut qu’un amant, pour être agréable, sache débiter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre et le passionné, et que sa recherche soit dans les formes. Premièrement, il doit voir au temple, ou à la promenade, ou dans quelque cérémonie publique, la personne dont il devient amoureux; ou bien être conduit fatalement chez elle par un parent ou un ami, et sortir de là tout rêveur et mélancolique. Il cache un temps sa passion à l’objet aimé, et cependant lui rend plusieurs visites où l’on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante qui exerce les esprits de l’assemblée. Le jour de la déclaration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une allée de quelque jardin, tandis que la compagnie s’est un peu éloignée; et cette déclaration est suivie d’un prompt courroux qui paroît à notre rougeur, et qui, pour un temps, bannit l’amant de notre présence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Après cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent à la traverse d’une inclination établie, les persécutions des pères, les jalousies conçues sur de fausses apparences, les plaintes, les désespoirs, les enlèvements, et ce qui s’ensuit. Voilà comme les

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