CATHOS, MADELON, JODELET, MASCARILLE, MAROTTE, ALMANZOR
MASCARILLE. Ail! vicomte !
jodelet, . s’embrassant l’un l’autre. Ali! marquis!
mascarille. Que je suis aise de te rencontrer! jodelet. Que j’ai de joie de te voir ici! mascarille. Baise-moi donc encore un peu, je te prie. madelon, à Cathos. Ma toute bonne, nous commençons d’être connues, voilà le beau monde qui prend le chemin de nous venir voir. mascarille. Mesdames, agréez que je vous présente ce gentilhomme-ci: sur ma parole! il est digne d’être connu de vous. jodelet. Il est juste de venir vous rendre ce qu’on vous doit; et vos attraits exigent leurs droits seigneuriaux sur toutes sortes de personnes.
midelon. C’est pousser vos civilités jusqu’aux derniers confins de la flatterie.
cathos. Cette journée doit être marquée dans notre almanach comme une journée bien heureuse.
madelon, à Almanzor. Allons, petit garçon, faut-il toujours vous répéter les choses? Voyez-vous pas qu’il faut le surcroît d’un fauteuil? mascarille. Ne vous étonnez pas de voir le vicomte de la sorte; il ne fait que sortir d’une maladie qui lui a rendu le visage pâle comme vous le voyez. jodelet. Ce sont fruits des veilles delà cour, et des fatigues de la guerre. mascarille. Savez-vous, mesdames, que vous Aroyez dans le vicomte un des vaillants homme du siècle? C’est un brave à trois poils. jodelet. Vous ne m’en devez rien, marquis; et nous savons ce que vous savez faire aussi.
mascarille. U est vrai que nous nous sommes vus tous deux dans l’occasion. jodelet. Et dans des lieux où il faisoit fort chaud.
mascarille, regardant Cathos et Madelon. Oui; mais non pas si chaud qu’ici. Hai, liai, liai.
jodelet. Notre connoissance s’est faite à l’armée; et la première fois que nous nous vîmes, il commandoit un régiment de cavalerie sur les galères de Malte.
mascarille. Il est vrai: mais vous étiez pourtant dans l’emploi avant que j’y fusse; et je me souviens que je n’étois que petit officier encore, que vous commandiez deux mille chevaux.
jodelet. La guerre est une belle chose; mais, ma foi! la cour récompense bien mal aujourd’hui les gens de service comme nous. mascarille. C’est ce qui fait que je veux pendre l’épée au croc. cathos. Pour moi, j’ai un furieux tendre pour les hommes d’épée. madelon. Je les aime aussi; mais je veux que l’esprit assaisonne la bravoure.
mascarille. Te souvient-il, vicomte, de cette demi-lune que nous emportâmes sur les ennemis au siège d’Arras?
jodelet. Que veux-tu dire, avec ta demi-lune? C’étoit bien une lune tout entière.
mascarille. Je pense que tu as raison.
jodelet. U m’en doit souvenir, ma foi! j’y fus blessé à la jambe d’un coup de grenade, dont je porte encore les marques. Tâtez un peu, de grâce : vous sentirez quel coup c’étoit là. cathos, après avoir touché l’endroit. U est vrai que la cicatrice est grande. mascarille. Donnez-moi un peu votre main, et tâtez celui-ci; là justement au derrière de la tête. Y êtes-vous?
madelon. Oui: je sens quelque chose.
mascarille. C’est un coup de mousquet que je reçus la dernière campagne que j’ai faite.
jodelet, découvrant sa poitrine. Voici un autre coup qui me perça de part en part à l’attaque de Gravelines.
mascarille, mettant la main sur le bouton de son haut-de-chausse. Je vais vous montrer une furieuse plaie.
madelon. Il n’cst pas nécessaire : nous le croyons sans y regarder. mascarille. Ce sont des marques honorables qui font voir ce qu’on est. cathos. Nous ne doutons pas de ce que vous êtes. mascarille. Vicomte, as-tu là ton carrosse? jodelet. Pourquoi?
mascarille. Nous mènerions promener ces daines hors des portes, et leur donnerions un cadeau.
madelon. Nous ne saurions sortir aujourd’hui. mascarille. Ayons donc les violons pour danser. jodelet. Ma foi! c’est bien avisé.
madelon. Pour cela, nous y consentons: mais il faut donc quelque surcroît de compagnie.
mascarille. Holà! Champagne, Picard, Bourguignon, Cascarct, Basque, la Verdure, Lorrain, Provençal, la Violette! Au diable soient tous les laquais! Je ne pense pas qu’il y ait gentilhomme en France plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul. madelon. Almanzor, dites aux gens de monsieur qu’ils aillent quérir des violons, et nous faites venir ces messieurs et ces dames d’ici près, pour peupler la solitude de notre bal. (. Almanzor sort.)
mascarille. Vicomte, que dis-tu de ces yeux? jodelet. Mais, toi-même, marquis, que t’en semble? mascarille. Moi, je dis que nos libertés auront peine à sortir d’ici les braies nettes. Au moins, pour moi, je reçois d’étranges secousses, et mon cœur ne tient plus qu’à un filet.
madelon. Que tout ce qu’il dit est naturel! Il tourne les choses le plus agréablement du monde.
cathos. Il est vrai qu’il fait une furieuse dépense en esprit. mascarille. Pour vous montrer que je suis véritable, je veux faire un impromptu là-dessus. ( Il médite.)
cathos. Eh! je vous en conjure de toute la dévotion de mon cœur, que nous oyions quelque chose qu’on ait fait pour nous. jodelet. J’aurois envie d’en faire autant; mais je me trouve un peu incommodé de la veine poétique, pour la quantité des saignées que j’y ai faites ces jours passés.
mascarille. Que diable est- ce là! Je fais toujours bien le premier vers mais j’ai peine à faire les autres. Ma foi! ceci est un peu trop pressé’ je vous ferai un impromptu à loisir, que vous trouverez le plus beau du monde.
jodelet. Il a de l’esprit comme un démon. madelon. Et du galant, et du bien tourné..
mascarille. Vicomte, dis-moi un peu, y a-t-il long-temps que tu n’as vu la comtesse?
jodelet. Il y a plus de trois semaines que je ne lui ai rendu visite.
mascarille. Sais-tu bien que le duc m’est venu voir ce matin, et m’a voulu mener à la çampagne courir un cerf avec lui?
madelon. Voici nos amies qui viennent.