‹ ŒuvresChapitre 186 sur 629 · SCÈNE XYE · texte numérisé non relu

SCÈNE XYE

SGANARELLE, C É L I E , ii sa fenêtre , voyant Lélie qui s’e/i va.

SGANARELLE, SClll.

Ce n’est point s’expliquer en termes ambigus.

Cet étrange propos me rend aussi confus Que s’il m’étoit venu des cornes à la tête!

( Regardant le côté par où Lélie est sorti.)

Allez, ce procédé n’est point du tout honnête. lélie, ii part, en entrant.

Quoi! Lélie a paru tout-à-l’heure à mes yeux!

Qui pourroit me cacher son retour en ces lieux? sganarelle, sans voir Célie.

Oh! trop heureux d’avoir une si belle femme!

Malheureux bien plutôt de l’avoir, cette infâme!

Dont le coupable feu, trop bien vérifié,

Sans respect ni demi nous a coculié.

Mais je le laisse aller après un tel indice,

Et demeure les bras croisés comme un jocrisse!

Ah! je devois du moins lui jeter son chapeau,

Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau,

Et sur lui hautement, pour contenter ma rage,

Faire, au larron d’honneur, crier le voisinage.

(Pendant te discours de Sganarelle , Célie s’ approche peu h peu, et attend, pour lui parler, que son transport soit fini.)

célie, à Sganarelle.

Celui qui maintenant devers vous est venu.

Et qui vous a parlé, d’où vous est-il connu?

Scan arelle. Hélas! ce n’est pas moi qui le connois, madame:

C’est ma femme.

célxe. Quel trouble agite ainsi votre amc? scan arelle. N e me condamnez point d’un deuil hors de saison,

Et laissez-moi pousser des soupirs à foison. célie. D’où vous peuvent venir ces douleurs non communes Scan arelle. Si je suis affligé, ce n’est pas pour des prunes;

Et je le donnerois à bien d’autres qu’à moi,

De se voir sans chagrin au point où je me voi.

Des maris malheureux vous voyez le modèle :

On dérobe l’honneur au pauvre Sganarelle;

Mais c’est peu que l’honneur dans mon affliction,

L’on me dérobe encor la réputation.

célie. Comment?

sganarelle. Ce damoiseau, parlant par révérence.

Me fait cocu, madame, avec toute licence;

Etj' ai su par mes yeux avérer aujourd’hui Le commerce secret de ma femme et de lui. célie. Celui qui maintenant...

sganarelle. Oui, oui, me déshonore;

Il adore ma femme, et ma femme l’adore. célie. Ah! j’avois bien jugé que ce secret retour

Ne pouvoit me couvrir que quelque lâche tour;

Et j’ai tremblé d’abord, en le voyant paroître,

Par un pressentiment de ce qui devoit être. sganarelle. Vous prenez ma défense avec trop de bonté,

Tout le monde n’a pas la même charité;

Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre.

Bien loin d’y prendre part, n’en ont rien fait que rire. célie. Est-il rien de plus noir que ta lâche action?

Et peut-on lui trouver une punition?

Dois-tu ne te pas croire indigne de la vie.

Après t’être souillé de cette perfidie?

O ciel! est-il possible?

SGANARELLE. U CSt tl'Op Vl’ai pOlll’ llioî.

célie. Ah! traître! scélérat! ame double et sans foi! sganarelle. La bonne ame!

célie. Non, non, l’enfer n’a point de gêne Qui ne soit pour ton crime une trop douce peine. sganarelle. Que voilà bien parler!

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