‹ ŒuvresChapitre 213 sur 629 · ACTE II, SCÈNE V. B · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. B

done elvire. Le ty rail sans doute aura peine a parer Les foudres que partout il entend murmurer;

Et j’ose me flatter que le même courage Qui put bien me soustraire à sa brutale rage,

Et, dans les murs d’Astorgue arraché de ses mains,

Me faire un sûr asile à braver ses desseins,

Pourra, de tout Léon achevant la conquête,

Sous ses nobles efforts faire choir cette tète. don ga rc 1 u. Le succès en pourra parler dans quelques jours.

Mais, de grâce, passons à quelque autre discours.

Puis-je, sans trop oser, vous prier de me dire A qui vous avez pris, madame, soin d’écrire,

Depuis que le destin nous a conduits ici? done klyirf.. Pourquoi cette demande, et d’où vient ce souci?

don garcie. D’un désir curieux de pure fantaisie. don e elvire. La curiosité naît de la jalousie. don GARciu. Non, ce n’est rien du tout de ce que vous pensez;

Vos ordres de ce mal me défendent assez. dune elvire. Sans chercher plus avant quel intérêt vous presse,

J’ai deux fois à Léon écrit à la comtesse,

Et deux fois au marquis don Louis à Burgos.

Avec cette réponse êtes-vous en repos?

don garcie. Vous n’avez point écrit à quelque .autre personne,

Madame ?

don K ELviRE. Non, sans doute, et ce discours m’étonne. don garcik. De grâce, songez bien, avant que d’assurer.

En manquant de mémoire, on peut se parjurer. donk ei.virk. Ma bouche, sur ce point, ne peut être parjure.

don garcik. Elle a dit toutefois une haute imposture. dose elvirk. Prince?

don garcie. Madame?

üone elvire. O ciel ! quel est ce mouvement? Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement?

don garcie. Oui, oui, je l’ai perdu, lorsque dans votre vue

J’ai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue,

Et que j’ai cru trouver quelque sincérité Dans les traîtres appas dont je fus enchanté. donk elvire. De quelle trahison pouvez-vous donc vous plaindre?

DON garcie. Ah! que ce cœur est double et sait bien l’art de feindre 1 Mais tous moyens de fuir lui vont être soustraits.

Jetez ici les yeux, et connoissez vos traits:

Sans avoir vu le reste, il m’est assez facile De découvrir pour qui vous employez ce style.

done ei.vire. Voilà donc le sujet qui vous trouble l’esprit?

don garcie. Vous ne rougissez pas en voyant cet écrit? doue elvire. L’innocence à rougir n’est point accoutumée. don garcie. Il est vrai qu’en ces lieux on la voit opprimée.

Ce billet démenti pour n’avoir point de seing... done elvire. Pourquoi le démentir, puisqu’il est de ma main? don garcie. Encore est^ce beaucoup, que, de franchise pure,

Vous demeuriez d’accord que c’est votre écriture; Mais ce sera, sans doute, et j’en serois garant,

Un billet qu’on envoie à quelque indifférent;

Ou du moins, ce qu’il a de tendresse évidente Sera pour une amie, ou pour quelque parente. done elvire. Non, c’est pour un amant que ma main l’a formé:

Et, j’ajoute de plus, pour un amant aimé. don garcie. Et je puis ! ô perfide!...

done elvire. Arrêtez, prince indigne,

De ce lâche transport l’égarement insigne.

Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi,

Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à soi,

Je veux bien me purger, pour votre seul supplice,

Du crime que m’impose un insolent caprice.

Vous serez éclairci, n’en doutez nullement.

J’ai ma défense prête en ce même moment.

Vous allez recevoir une pleine lumière.

Mon innocence ici paroîtra tout entière;

Et je veux, vous mettant juge en votre intérêt,

Vous faire prononcer vous-même votre arrêt. don garcie. Ce sont propos obscurs qu’on ne sauroit comprendre. done elvire. Bientôt à vos dépens vous me pourrez entendre. Élise, holà!

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