‹ ŒuvresChapitre 250 sur 629 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Monsieur mon frère aîné, car, dieu merci, vous l’êtes D’une vingtaine d’ans, à ne vous rien celer,

Et cela ne vaut point la peine d’en parler;

Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,

De vos jeunes muguets m’inspirer les manières? M’obliger à porter de ces petits chapeaux Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux;

Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure Des visages humains offusque la figure?

De ces pêtits pourpoints sous les bras se perdans,

Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendans?

De ces manches qu’à table on voit tâter les sauces?

Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses ?

De ces souliers mignons de rubans revêtus,

Qui vous font ressembler à des pigeons pattus?

Et de ces grands canons où, comme en des entraves, On met tous les matins ses deux jambes esclaves,

Et par qui nous voyons ces messieurs les galans Marcher écarquillés ainsi que des volans ?

Je vous plairois, sans doute, équipé de la sorte?

Et je vous vois porter les sottises qu’on porte. ariste. Toujours au plus grand nombre on doit s’accommoder, Et jamais il ne faut se faire regarder.

L’un et l’autre excès choque, et tout homme bien sage Doit faire des habits ainsi que du langage,

N’y rien trop affecter, et, sans empressement,

Suivre ce que l’usage y fait de changement.

Mon sentiment n’est pas qu’on prenne la méthode De ceux qu’on voit toujours renchérir sur la mode;

Et qui, dans cet excès dont ils sont amoureux,

Seroient fâchés qu’un autre eût été plus loin qu’eux; Mais je tiens qu’il est mal, sur quoi que l’on se fonde, De fuir obstinément ce que suit tout le monde,

Et qu’il vaut mieux souffrir d’être au nombre des fous, Que du sage parti se voir seul contre tous. sganarelle. Cela sent son vieillard, qui, pour en faire accroire, Cache ses cheveux blancs d’une perruque noire. ariste. C’est un étrange fait du soin que vous prenez,

A me venir toujours jeter mon âge au nez;

Et qu’il faille qu’en moi sans cesse je vous voie Blâmer l’ajustement, aussi bien que la joie:

Comme si, condamnée à ne plus rien chérir,

La vieillesse devoit ne songer qu’à mourir,

J- y L’ÉCOLE DES MARIS,

Et d'assez de laideur n’est pas accompagnée, Sans se tenir encor malpropre et rechignée.

scanakf.lle. Quoi qu’il en soit, je suis attaché fortement À ne démordre point de mon habillement.

Je veux une coiffure, en dépit de la mode,

Sous qui toute ma tète ait un abri commode;

Un bon pourpoint bien long, et fermé comme il faut, Qui, pour bien digérer, tienne l’estomac chaud;

Un haut-de-chausse fait justement pour ma cuisse; Des souliers où mes pieds ne soient point au supplice, Ainsi qu’en ont use sagement nos aïeux :

Et. qui me trouvé mai. n’a qu’à fermer les yeux.

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