ACTE II, SCENE V
pandolfe. D’où peut donc provenir ce bizarre transport? ANSELME. Dites-moi de bien loin quel sujet vous amène.
Si pour me dire adieu vous prenez tant de peine, C’est trop de courtoisie, et véritablement Je me serois passé de votre compliment.
Si votre ame est en peine et cherche des prières, Las! je vous en promets, et ne m’effrayez guères! Foi d’homme épouvanté, je vais faire à l’instant Prier tant Dieu pour vous que vous serez content. Disparoissez donc, je vous prie;
Et ([ue le ciel, par sa bonté,
Comble de joie et de santé- Votre défunte seigneurie!
pan dot. ve, riant. Malgré tout mon dépit, il m’y faut prendre part. Anselme. Las! pour un trépassé vous êtes bien gaillard! panjlïolfe. Est-ce jeu, dites-nous, ou bien si c’est folie,
Qui traite de défunt une personne en vie? anselme. Hélas! vous êtes mort, et je viens de vous voir. pandolfe. Quoi! j’aurois trépassé sans m’en apercevoir? anselme. Sitôt que Mascarille en a dit la nouvelle,
J’en ai senti dans l’ame une douleur mortelle. pandolfe. Mais enfin, dormez-vous? Etes-vous éveillé?
Me connoissez-vous pas?
anselme. Vous êtes habillé D’un corps aérien qui contrefait le vôtre,
Mais qui dans un moment peut devenir tout autre. Je crains fort de vous voir comme un géant grandir, Et tout votre visage affreusement laidir.
Pour Dieu! ne prenez point de vilaine figure;
J’ai prou de ma frayeur en cette conjoncture. pandolfe. En une autre saison, cette naïveté
Dont vous accompagnez votre crédulité,
Anselme, me seroit un charmant badinage,
Et j’en prolongerois le plaisir davantage :
Mais, avec cette mort, un trésor supposé,
Dont parmi les chemins on m’a désabusé,
Fomente dans mon ame un soupçon légitime. Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime,
Sur qui ne peuvent rien la crainte et le remords ,
Et qui pour ses desseins a d’étranges ressorts. anselme. M’auroit-on joué pièce et fait supercherie?
Ah! vraiment, ma raison, vous seriez fort jolie! Touchons un peu pour voir : en effet, c’est bien lui.
Malepeste du sot que je suis aujourd’hui!
De grâce, n’allez pas divulguer un tel conte;
On en feroit jouer quelque farce à nia honte:
Mais, Pandolfe, aidez-moi vous-même à retirer L’argent que j’ai donné pour vous faire enterrer. tandolfe. De l’argent, dites-vous? Ah! c’est donc l’enclouure! Voilà le nœud secret de toute l’aventure!
A votre dam. Pour moi, sans m’en mettre en souci, Je vais faire informer de cette affaire ici Contre ce Mascarille; et si l’on peut le prendre, Quoi qu’il puisse coûter, je le veux faire pendre. ANSELME, seul. Et moi, la bonne dupe à trop croire un vaurien,
U faut donc qu’aujourd’hui je perde et sens et bien. Il me sied bien, ma foi! de porter tête grise,
Et d’être encor si prompt à faire une sottise; D’examiner si peu sur un premier rapport...
Mais je vois...